Politiques agricoles en Afrique : La recherche, le parent pauvre

31 mars 2018

En Afrique, la recherche agricole souffre de deux problèmes : le manque d’expertise et l’insuffisance des financements. C’est le diagnostic établi par des experts lors du troisième jour du Next Einstein Forum.

L’agriculture est le secteur le plus dynamique dans la plupart des économies africaines et son bon fonctionnement a des conséquences significatives sur la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Pourtant, les potentialités de ce secteur crucial restent peu exploitées à cause du faible développement de la recherche agricole sur le continent. Selon des experts qui prenaient part, hier, au Panel : « Nourrir le monde, préserver le monde » du Next Einstein Forum, deux barrières inhibent la recherche agricole en Afrique: l’absence d’une masse critique de chercheurs et le faible niveau de financement. En effet, selon Ousmane Badiane, Directeur pour l’Afrique de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, bien que le nombre de chercheurs aient augmenté de 50 %, le continent africain reste encore très loin du ratio fixé. Encore que, a-t-il ajouté, la moitié des chercheurs africains en agriculture est dans trois pays : le Kenya, l’Ethiopie et le Nigéria. «Avec la complexité de l’agriculture et du changement climatique, ce n’est pas suffisant. En plus, les femmes ne représentent que 24 % de ces chercheurs. Il y a un besoin de rendre la science et la technologie beaucoup plus ouvertes à la gent féminine», a-t-il dit. En ce qui concerne le financement, il observe que les investissements nécessaires à la recherche dans le domaine agricole sont estimés entre 1,7 milliard et 2,4 milliards de dollars. Et là aussi, Dr Badiane souligne que «l’Afrique est encore loin du compte». Et l’essentiel de ces financements est concentré au Nigéria, au Kenya et en Afrique du Sud. «Le pourcentage du Pib africain consacré à la recherche agricole est faible ; il est de 0,7 à 0,5 % du Pib agricole.

Cela ne peut pas nous permettre de réaliser les résultats que nous voulons. Et 60 % de ce financement proviennent de l’extérieur», a indiqué l’expert agricole.
Le peu d’importance accordée à la recherche agricole survient dans un contexte où beaucoup d’études annoncent que l’Afrique sera la région la plus affectée par les changements climatiques, selon Dr Simeon Ehui, directeur pratique mondiale de l’alimentation et de l’agriculture à la Banque mondiale. « D’ici à 2050, la demande mondiale va augmenter de plus de 100 %. D’ici à 2030, nous allons avoir, en Afrique, un marché alimentaire à hauteur de 3 milliards de dollars. Les importations vont augmenter à hauteur de 10 milliards de dollars. La productivité peut diminuer de 50 %, sans compter les maladies végétales qui causent des pertes de 1/6 de la production », a indiqué Dr Simeon Ehui.
Pour dissiper «cette sérieuse menace» qui plane au-dessus de l’agriculture africaine, l’expert de la Banque mondiale pense que la solution se trouve dans l’augmentation de la production. Et pour ce faire, il faut d’abord s’attaquer aux problèmes du changement climatique. «Nous ne serons pas en mesure de faire face à ces défis si la question du changement climatique n’est pas prise en charge de manière sérieuse. Nous devons être prêts à y répondre de manière systémique», a-t-il martelé.

Le chef cuisinier, Pierre Thiam, loue les vertus du Fonio

Pour augmenter la production et renforcer la sécurité alimentaire, une céréale aux vertus nutritionnelles insoupçonnées devrait être mise en valeur : le fonio. C’est ce que propose Pierre Thiam, Chef cuisinier, restaurateur et auteur de livres de cuisine. Cette céréale consommée dans une douzaine de pays en Afrique de l’ouest par une petite minorité de la population, dispose, selon lui, de propriétés et de valeurs nutritives à même de lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire. « Cette céréale arrive à maturation au bout de deux mois, elle est résistante au changement climatique, elle n’a pas de gluten et a trois fois plus de protéine que le riz. Et mieux, sa cuisson ne prend que cinq minutes », a-t-il expliqué. En attendant que les populations africaines, dans leur majorité, l’inscrivent dans leurs habitudes alimentaires, le chef Thiam a commencé, depuis 2017, à travers sa structure « Yolélé Foods », à égayer les papilles gustatives de ses clients basés en Europe et aux États-Unis avec cette céréale. Entre ses mains, le fonio est devenu croissant, snack, baguette, pâte et même sushi.
(source le Soleil online)

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