Sénégal: revenus du rêve européen, d’anciens migrants parient sur l’agriculture

20 décembre 2017

Au Sénégal, l’agriculture attire. Les migrants issus de l’exode rural et partis tenter leur chance dans la capitale, Dakar, ou sur les dangereuses routes de l’exil vers l’Europe sont de retour. Les passeurs à l’affût de cette «clientèle» lui font miroiter un avenir radieux de l’autre côté de la Méditerranée. Ceux qui ont fait le voyage et en sont revenus déçus, dissuadent les nouveaux candidats.

Après avoir passé cinq années en Italie, Pape Samba Diane est devenu, à 45 ans, un exemple pour les jeunes générations. A Nganda, gros bourg situé à deux heures de route de Dakar, il fait partie de la trentaine de migrants de retour sur les cent qui sont partis.

M.Diane dit avoir beaucoup appris «en regardant ce qu’il se passait» autour de lui, lorsqu’il vendangeait dans la région de Brescia (nord de l’Italie), avant de devenir ouvrier dans une usine de garnitures plastiques.

Là-bas, ce sont les agriculteurs qui «détiennent la fortune», explique-t-il, assis sous un grand arbre dans la cour de sa ferme, au milieu de quelques chèvres et moutons.

«Nous, ici, on ne savait pas qu’on pouvait se développer à travers la terre», souligne le récent élu au conseil municipal de Nganda, chargé des partenariats. Un savoir né de l’expérience qui l’a aussi mené jusqu’au poste de directeur de l’association des producteurs de riz de la localité.

L’exemple des migrants italiens
Pape Samba Diane explique s’être rendu compte en Italie que nombre d’Italiens partis «en Allemagne ou aux Etats-Unis» rentraient chez eux pour «lancer de petites entreprises».

«En Italie, ils font de l’agriculture, de la transformation, de l’agrobusiness, ils lancent des entreprises, et je me suis dit: “Pourquoi pas nous aussi?”», raconte-t-il.

Pendant ce temps, au Sénégal, les choses ont aussi évolué dans le bon sens. Par exemple, le riz, la céréale la plus consommée dans le pays, est désormais proposé sous forme de semence adaptée au changement climatique, et à cycle très court, «80 jours entre le semis et la récolte», dit Pape Samba Diane, fier de ses rendements de trois tonnes à l’hectare sur des terres où aucun riz ne poussait il y a quatre ans.

Pape Samba Diane forme la relève des cultivateurs
Pour y parvenir, il a reçu une formation agricole de base, une fois revenu dans son pays. «On nous a appris l’importance des bonnes semences, et aussi à utiliser un fertilisant au bon moment.» Aujourd’hui, c’est lui qui organise des séminaires techniques pour former la relève.

De quoi accéder à l’autosuffisance alimentaire tant recherchée et voir l’avenir sous un meilleur jour.

«Je leur demande de rester»
Au milieu d’un champ d’oignons dans un autre village, où un projet de culture de légumes a été lancé par le gouvernement sur une trentaine d’hectares, Mbayé Touré est formel: «J’ai entendu parler de ce qui se passe en Libye pour ceux qui partent. A ceux-là maintenant, je leur demande de rester.»

Le souvenir de son émigration ratée, de son abandon sans nourriture par les passeurs, de toutes ses économies envolées, a changé son point de vue et fait de lui, de façon convaincante, l’exemple à ne pas suivre.

Pour sa part, Pape Samba Diane ne veut plus aller en Europe, sauf «pour représenter le conseil municipal» de Ndanga.

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