Akinwumi Adesina, Président de la BAD : «40% de nos investissements vont dans le secteur agricole»

28 septembre 2017

(Agrici.net) (Niamey et les 2 jours) – En marge de sa visite de travail au Niger, le président de la Banque africaine de développement (Bad) Akinwumi Adesina (photo), a accordé une interview à Niameyetles2jours. Le patron de la Banque panafricaine justifie l’augmentation du budget du Fonds africain de développement (FAD) à l’endroit du Niger, l’ouverture d’un bureau de la Bad au Niger, parle de la nécessité de faire de l’agriculture un levier de développement et explique pourquoi l’accès à l’électricité est impératif.

Niameyetles2jours : Bonjour Monsieur le Président. Durant votre présente visite officielle, vous avez annoncé une augmentation de 47% du portefeuille de la Bad au profit du Niger. Le financement part de 176 millions à 260 millions de dollars. Quels sont les domaines prioritaires qui bénéficieront de ce financement ?

Akinwumi Adesina : Notre relation avec le Niger remonte à 1970. Et depuis lors, nous avons fait un investissement de l’ordre de 1,2 milliard de dollars. Notre portefeuille à l’endroit du Niger fait 580 millions de dollars.

40% de nos investissements vont dans le secteur agricole parce qu’ici, les jeunes vivent beaucoup plus dans les zones rurales et vivent de l’agriculture.

Deuxièmement, les secteurs de l’énergie et de la formation technique et professionnelle.

En plus de cette augmentation de fonds au titre du Fad, nous avons mis à la disposition du Niger, 43 millions de dollars qui constituent un soutien pour ce pays dont l’économie est fragile et où l’Etat accorde 15% de son budget à la sécurité.

En outre, nous investissons également dans les infrastructures régionales. Nous soutenons, par exemple, la construction de la route transsaharienne qui va relier le Niger, le Tchad et l’Algérie. Nous investissons également dans une ligne de transmission qui reliera le Niger, le Nigéria et le Bénin. Pour ce dernier, la Bad injecte 200 millions de dollars sur un budget total de réalisation de 700 millions de dollars.

Vous avez décidé d’ouvrir un bureau de la Bad au Niger, lequel bureau est d’ailleurs en cours d’installation. Quel est l’enjeu de ce positionnement ?

Sourires… J’ai passé une partie de ma vie estudiantine au Niger. En 1984, j’ai fait ma thèse de doctorat ici au Niger. En tant que Président de la Bad, j’ai bien envie d’être beaucoup plus prêt surtout que je connais les potentialités dont regorge ce pays.

L’idée est d’être beaucoup plus proche du Niger pour soutenir ses projets. Le gouvernement est en train de mettre par exemple en œuvre le Pdes (Programme de développement économique et social), ils ont besoin de bailleurs de fonds. On ne va pas parler de développement de l’Afrique par téléphone. Il faut que nous soyons là, sur place, pour être plus proche de la réalité.

La Bad veut augmenter son investissement dans le domaine de l’énergie sur le continent. Pourquoi ?

Lorsque j’ai pris mes fonctions en tant que président de la Bad, j’ai misé sur 5 piliers pour transformer l’Afrique.

Premier facteur, éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie. Second facteur, nourrir l’Afrique. Troisième facteur, intégrer l’Afrique. Le quatrième, c’est industrialiser l’Afrique et le cinquième est d’améliorer la qualité de vie des Africains.

Revenant à la question, aujourd’hui nous sommes dans une situation telle que 645 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité ; ça me fait honte en tant que président de la Bad et ce n’est pas acceptable.

Donc, nous avons décidé de faire un investissement de 12 milliards de dollars pour avoir un effet de levier de 45 jusqu’à 50 milliards de dollars.

Si vous prenez le cas du Niger, moins de 1% de la population rurale a accès à l’électricité. Seulement 10% de la population urbaine y ont accès. J’en ai parlé avec le président Mahamadou Issoufou et nous avons convenu qu’on ne peut pas se développer dans l’obscurité.

Le manque d’énergie électrique fait aussi le lit du terrorisme. C’est pour résoudre tous ces problèmes que la Bad soutient le programme Kandadji qui pourra fournir jusqu’à 600 Mw.

En dehors de Kandadji, on peut développer au Niger le solaire vu le taux d’ensoleillement élevé. Donc, je prends l’engagement que la Bad va accélérer les efforts pour l’accès à l’énergie solaire.

J’ai visité, durant mon séjour, le Centre national de l’énergie solaire et j’ai été très impressionné par les avancées du travail.

Le Niger peut aussi produire du charbon à même de fournir 600 Mw. Si on réussit ce pari, le problème énergétique sera réglé. Voilà ce qui me tient à cœur parce qu’on a besoin d’énergie pour l’école, l’hôpital, l’inclusion financière et pour l’industrialisation.

La Bad a investi dans plusieurs projets de développement au Niger et sur le continent. Quel est aujourd’hui l’impact de ces investissements ?

Je prends un exemple simple. J’ai visité, cette fin de matinée, le Centre technique de Kalmaharo (Niamey) que nous avons soutenu financièrement. J’ai été impressionné parce qu’avec les moyens que nous avons mis à la disposition de ce lycée technique et professionnel (2,5 milliards de Fcfa), cela permet aux jeunes apprenants d’avoir la formation et les aptitudes nécessaires pour trouver de l’emploi.

Le lycée accueille aujourd’hui 460 élèves et je vois l’avenir de ces jeunes, de ce qu’ils apporteront au pays. Pour cela, nous avons envisagé d’ailleurs d’étudier la faisabilité d’augmenter le soutien financier d’un montant de 4 milliards de Fcfa, à l’endroit de ce lycée.

Les jeunes sont l’avenir de l’Afrique. Il faut qu’ils aient accès à l’emploi. Et à la Bad, nous avons un programme qui permettra de créer 25 millions d’emplois, d’ici 10 ans.

Akinwuni Adesina, merci de nous avoir accordé cette interview

C’est moi qui vous remercie.

Guevanis DOH

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