Mamadou Cissokho (Pdt d’honneur Roppa) / importations massives des produits alimentaires « L’argent public doit servir à acheter nos produits locaux »

19 septembre 2017

19 Sept. (amanien.info) – M. Cissokho Mamadou, est exploitant agricole familiale dans la région de Tambacounda au Sénégal et président d’honneur du Réseau des organisations paysannes et producteurs agricoles de l’Afrique de l’ouest,( Roppa). De passage à Abidjan, lors de l’Agrf2017 , ce leader du monde paysan africain nous a parlé de l’avenir de l’agriculture africaine. Interview…

L’Accord de Maputo( 2003) et celui de Malabo en (2014) invitent les Etats membres de l’Union Afrique( Ua) a affecter de 10% de leur budget national au financement de l’Agriculture . Quel commentaire pouvez-vous sur la mise en œuvre de cet accord ?

Une évaluation a été fait au niveau du partenariat pour le développement de l’Afrique, ( Nepad). Pour des acteurs du monde agricole que nous nous sommes, nous ne pouvons pas savoir avec précision ce qui a été fait. Etant donné que nous n’avons pas accès à certaines données vérifiables sur la mise en œuvre de cet accord. Nous nous contentons donc de ce qu’ils disent. Au sommet de l’Union Africaine à Malabo, il a été réitéré à l’engagement d’affecter 10% du budget national au financement de l’Agriculture en Afrique. Malheureusement, nous constatons que les choses vont lentement. C’est vraiment triste pour deux raisons. Premièrement, tous les pays qui sont une référence en matière d’agriculture dans le monde ont assis leur politique agricole sur deux piliers : La définition d’une politique agricole consensuelle avec les acteurs d’une part, et les financements publics d’autre part. C’est quand cela a permis de mettre en place un environnement favorable que le privé est arrivé avec son argent. Ici, en Afrique on veut que le privé soit en amont. Ça n’a pas de sens et cela n’est pas possible.

Pourquoi selon vous ?

Le privé est un opérateur économique. Avant d’investir dans un pays ou dans secteur, il veut avoir toutes les garanties. S’assurer entre autres, qu’il va faire du profit et rentrer dans le fonds investi. Les gros œuvres doivent être faits d’abord et avant tout par l’Etat et après le privé viendra. Aussi, deux raisons doivent pousser nos Etats à investir dans l’agriculture. Primo, parce que la majorité de la population opère dans l’agriculture, la pêche et l’élevage. Secundo l’agriculture c’est l’alimentation. Ces deux raisons sont d’ordre politique et l’investissement agricole doit être une priorité. L’alimentation est une question de souveraineté et nous devons tous accepter qu’au moins 80% de tous les investissements pour la production soient supportés par les paysans. Citons les semences, les engrais même s’ils sont subventionnés.

Vous dites que l’agriculture c’est l’alimentation. Nous ivoiriens, sommes fiers de nos performances dans la production cacaoyère, de coton et d’anacarde. Ça ne se mange pas ça… ?

L’alimentation c’est deux éléments : La production et les revenus. A côté de la production de fèves de cacao et de noix de cajou, ils font aussi du vivriers. Les produits de rentes permettent aux paysans d’avoir des revenus et équilibrer leurs comptes. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que la Côte d’Ivoire produit beaucoup de maïs, de manioc et d’igname, bref beaucoup d’ignames. C’est comme au Sénégal où on parle beaucoup d’arachide que nous produisons en quantité. Mais à côté, nous produisons beaucoup de céréales. Mais comme l’arachide est un produit commercial qui impacte beaucoup les informations on en parle beaucoup. N’oublions pas que l’arachide procure beaucoup de devises au Sénégal.

De la Côte d’Ivoire, en passant par le Sénégal, le Mali et le Burkina, il existe de fortes potentialités pour faire l’agriculture de subsistance mais les affectent beaucoup de ressources à l’importation du riz, du maïs et le blé.(…) Vos propositions concrètes pour inverser la tendance ?

Ce sont là les paradoxes et les contradictions des politiques. En Côte d’Ivoire, le gouvernement devrait faire des investissements dans l’aménagement des bassins rizicoles pour les mettre à la disposition des paysans. A ce niveau, il y a un problème d’infrastructures et d’équipements. Si un gouvernement finance ces deux volets, cela va générer une rentabilité certaine à moyen et long terme. Si la Côte d’Ivoire atteint l’autosuffisance en riz, vous allez exporter du riz dans la sous –région et cela va faire gagner de l’argent aux riziculteurs ivoiriens. Aussi, nous allons assister à la sédentarisation et la stabilisation des jeunes. Qui avec des semences améliorées par exemple, vont obtenir 5 à 10 tonnes de maïs à l’hectare. Deux à trois tonnes sur un ha de Sorgho et 20 à 30 tonnes sur un ha de manioc et d’ignames. Le jeune veut de l’argent disons deux à trois millions par an à la fin de la récolte. Si par le passé la ferté du paysan c’était de remplir son grenier avant d’affirmer que maintenant qu’il fait partie de la noblesse, aujourd’hui le jeune va faire des spéculations qui rapporte de l’argent.

Votre commentaire sur le phénomène d’agri-business qui fait tant de vague ?

Lire la suite sur amanien.info

Comments

comments

Newsletter Powered By : XYZScripts.com