La Banque mondiale décortique la crise cacao dans son rapport Côte d’Ivoire

27 juillet 2017

27 Juil. (commodafrica) – La Banque mondiale a publié lundi son cinquième rapport sur la situation économique de la Côte d’Ivoire. Son titre est consacré aux femmes, les analystes de la Banque estimant que leur émergence permettrait au pays de gagner “au moins six milliards de dollars”. Un thème sur lequel nous reviendrons prochainement pour livrer l’analyse de l’institution mondiale sur ce point, notamment en matière agricole.

Pour l’heure, nous nous attacherons au bilan et à l’analyse que le Banque porte sur l’agriculture, notamment le cacao, en reprenant de larges extraits de ce rapport pays de l’institution.

Après 5 ans de forte croissance (qui a fait baisser la pauvreté de 51% à 46%), l’économie ivoirienne montre ses premiers signes d’essoufflement, souligne la Banque. Si, de 2012 à 2015, cette croissance a été de plus de 9 %, les perspectives restent bonnes même si ce taux baisserait à 7,7 % en 2016 puis à 7% en 2017, pour ensuite se réduire graduellement à 6,5 % puis 6,3 % en 2018 et 2019.

L’agriculture vivrière plus performante que l’export

Globalement, la croissance économique a été portée en 2016 par à peu près les mêmes secteurs d’activités qu’en 2015, à l’exception de l’agriculture qui a marqué le pas, écrivent les auteurs. L’énergie, la construction, les mines, les services -portés par le commerce, le transport et les communications- ont été les plus dynamiques. A noter que, comme la Côte d’Ivoire est aussi exportatrice de produits pétroliers raffinés, l’impact sur la balance commerciale de la hausse du prix du pétrole a été relativement neutre.

Quant au secteur primaire, sa performance s’est donc dégradée, avec un taux de croissance quasiment nul en 2016 alors qu’il avait atteint presque 3 % en 2015. Une baisse qui est la conséquence, en partie, de mauvaises conditions climatiques lors du premier semestre, mais aussi de la chute du prix de plusieurs produits d’exportations pendant l’année.

En terme de volumes, c’est surtout les cultures d’exportation dont la production a baissé, notamment le café (-16,6%), le cacao (-26,5%), la noix de cajou (-7,5%) et l’ananas (-27%). En revanche, la production vivrière a augmenté en moyenne de 6 %, avec une hausse de 8,9% des tubercules et de 2,6% des céréales. Toutefois, la production de riz a baissé de 5%, précise les auteurs.

Les ondes de choc du cacao

L’économie ivoirienne a continué de bénéficier de termes de l’échange favorables en 2016. Entre les premiers trimestres 2016 et 2017, le prix du café a augmenté de 43%, de 26% pour le coton, de 22% pour l’huile de palme de 22% et de 57% pour le caoutchouc. En revanche, le prix du cacao a chuté de 30 % mais ceci a été compensée par une récolte exceptionnelle qui devrait permettre d’atteindre des recettes en 2016/17 presque équivalentes à celle enregistrées en 2015/16.

Ces variations ont produit des ondes de chocs sur l’économie ivoirienne, notamment eu égard au poids du cacao : 40% des exportations, 15% de ses recettes publiques, 4 à 5 millions d’Ivoiriens impliqués directement ou indirectement. La baisse des prix a fragilisé les producteurs car le prix bord champ a diminué de FCFA 1100 le kilo en 2016 à FCFA 700 en avril 2017, rappelle la Banque mondiale. Les exportateurs ont aussi vu leur marge se réduire, forçant les autorités à les soutenir à travers les fonds de compensation gérés par le Conseil café-cacao (CCC) et, surtout, la suppression du droit d’enregistrement de 5 % sur la valeur des exportations de cacao. “La perte de ces recettes budgétaires est estimée autour de FCFA 45 milliards pour le reste de l’année 2017.”

Le flou autour de l’utilisation des contrats à terme

“La baisse du prix du cacao a été en partie absorbée par l’utilisation de contrats «futurs» par les exportateurs” dont la plupart aurait dû être négociée au début de la campagne (soit avant la chute prononcée des cours) et “devrait être presque entièrement compensée par cette hausse exceptionnelle de la production en 2016/17” prévue atteindre 1,98 millions de tonnes (Mt) contre 1,6 millions en 2015/16, notent les auteurs.

“D’ailleurs”, précisent-ils, “cette relation entre les prix et les quantités n’est pas totalement fortuite dans le sens que la hausse de la production en Côte d’ivoire a influencé négativement les cours mondiaux car le pays représente autour de 40 % de la production mondiale. En l’absence d’information détaillée sur la proportion des ventes qui ont été couvertes par des contrats au futur, et leur « timing », le montant des recettes totales ne peut être qu’approximatif, mais il ne devrait que varier entre la campagne 2015/16 et 2016/17 pour se situer autour de 4,8 milliards de dollars.”

Ceci dit, la Banque estime que “les recettes d’exportation du secteur cacao devraient être approximativement les mêmes en 2016/17 qu’en 2015/16.” Et les analystes de préciser que “les problèmes dans ce secteur sont sans doute plus à rechercher dans les ondes de chocs” (prix-bord champ diminué de 1100 FCFA/kg à 700 FCFA/kg) et “la gestion du système de commercialisation” : un nombre “excessif” d’exportateurs a été autorisé à opérer au prix comptant (spot), donc sans se couvrir. “Ces opérateurs se sont donc retrouvés exposés à la baisse du prix tout en ayant l’obligation d’acheter aux paysans leur production à un prix qui avait été fixé à FCFA1100 par kg avant la baisse des prix. Ce n’est qu’en avril 2017 que le prix bord-champ a été réduit.”

Face à cette situation “et des pertes fiscales occasionnées, le gouvernement a exigé la tenue d’un audit technique, financier et institutionnel de la filière”, pour faire “la lumière sur le fonctionnement du PVAM et l’utilisation des multiples fonds gérés par le Conseil café-cacao (CCC) ainsi que l’état et l’utilisation des fonds de compensations détenus dans les banques commerciales et le Fonds de réserves à la BCEAO.”

Quid de l’avenir ? La croissance du secteur agricole devrait rester en moyenne autour de sa moyenne historique, soit 2-3 % entre 2012 et 2016, estime la Banque mondiale, même si ce secteur reste vulnérable à des chocs extérieurs et climatiques comme cela a été expérimenté par la filière du cacao. Rappelons que l’agriculture compte pour 25 % du PIB ivoirien et emploie encore la moitié de la force nationale de travail.

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