Interview: “Nous compenserons les quantités de la production bio par le prix” Maizan Atta Victor

11 mai 2017

L’équipe de Agrici.Net a rencontré M Maizan Kouakou Atta Victor, président de l’ONG Vert Universel après une mission que son organisation a effectué récemment avec des villages riverain du parc national de la Comoé. Avec son organisation, M Maizan fait la promotion de la foresterie des plantes endémiques mais surtout de l’agriculture bio. Vert Universel est une ONG de protection de la nature.

Agrici.Net : qu’est ce que l’agriculture bio ?

Maizan Kouakou Atta Victor : l’agriculture bio, c’est l’agriculture naturelle sans produit chimique. C’est l’agriculture que nos parents pratiquaient depuis la nuit des temps. Ce n’est pas une nouvelle. C’est l’agriculture que nous avons toujours pratiqué mais qui tend à disparaitre. Avec le développement beaucoup de personnes utilisent des produits chimiques pour une question de rentabilité. Or le bio répond mieux à l’organisme pour un bien-être des populations. Par contre la chimie que l’organisme ne connait pas du tout, nous donne beaucoup de conséquences, telles des maladies et les mortalités élevées que les médecins n’arrivent pas à expliquer mais que nous disons être lié à ce que nous mangeons de plus en plus.

A.N : que produisez-vous bio ?

M.K.A.V : vous venez d’observer des germoirs de tomates, aubergines, maïs, soja, fromager, iroko, samba et beaucoup d’autres plantes endémiques telles que le néré, le karité. C’est un échantillonnage. Nous faisons nos expérimentations dans les villages riverains du parc national de la Comoé, cet espace bien connu du monde entier. Cet espace qui attire de nombreux touristes, nous estimons que l’agriculture autour de cet éco tourisme doit être naturelle. Une agriculture sans produits chimiques. Ou du moins avec une chimie naturelle car toute composition de plante est chimique. Il y a la chimie naturelle avec le compost pour les engrais ainsi que des fertilisants chimique. Il n’y a que l’agriculture bio qui peut garantir notre santé et notre bien-être.

A.N : Ou trouve t’on la semence bio ?

M.K.A.V : nous avons la semence bio dans le milieu rural, mais j’avoue qu’avec les conditions et les moyens de production. La semence que nous avons avec nos parents dans les villages n’est pas forcement garantie à 100%. Ensuite, nous félicitons le centre national de recherche agronomique (CNRA) qui dispose de la semence bio. Le CNRA fait de grandes choses qui malheureusement restent inconnu du commun des mortels.

A.N : vous faites de nombreuses sensibilisations en faveur de la pratique de l’agriculture bio. Un projet ou une réalité dans ce monde en mutation ?

M.K.A.V : avec la réalité du monde actuel, nous disons que c’est un projet pour une réalité. C’est cette agriculture qu’il nous faut pour une Afrique qui tombe beaucoup malade. On a pollué la terre. Aujourd’hui personne n’est prêt à prendre une daba pour aller sarcler. On utilise des produits et on pollue la terre. Or tout ce qui est pollué ne produit que la pollution. Vous voyez une grosse tomate ou un gros choux bien joli mais cet aliment est vide de nutriments. Nos produits n’ont que leur forme vide. Or le corps humain connait la nourriture qu’il lui faut, c’est cela que nous voulons faire revenir. Voyez-vous, l’expérience de vie est estimer aujourd’hui à 45 ou 50 ans dans nos pays mais en réalité et malheureusement c’est encore plus bas. Des enfants aujourd’hui ont des maladies que les gens du troisième âge avaient avant. Allez dans les hôpitaux, on parle incessamment d’anémie partout, or nous mangeons les feuilles, les épinards qui sont censés contenir le fer naturel. Quand vous avez pollué le sol en produisant les épinards et que vous récupérez cet épinard après, qu’est-ce que vous voulez qu’il vous apporte ? Dans nos régions, les orpailleurs polluent le sol. C’est le sol qui nous produit. Il ne faut pas polluer le sol. C’est notre première technique. Nous sommes attachés à des structures pour aller jusqu’à la certification. Avec le temps, la consommation de produits bio, redeviendra une habitude. L’homme qui mangera le bio, connaitra la différence entre le bio et la chimie. C’est certes un projet mais c’est aussi une réalité qui s’impose à nous si nous voulons bien vivre.

A.N : vous faites la promotion d’une agriculture bio dans un monde tourné vers la production à forte rentabilité, n’est-ce pas prêcher dans un désert ?

M.K.A.V : pas du tout, nous ne conscientisons nos parents. A quoi cela servirait t-il de produire en grande quantité pour mourir ? Ce projet est réalisable. Je le dis toujours, on ne peut pas traire le lait à une vache malade. Pourquoi produire une grande quantité qui te pollue et tu sais que ça te tue. Mieux vaut produire une petite quantité qui te sera utile. Nous avons commencé par l’agriculture bio maraîchère. Le président Bédié disait à chacun son petit jardin et en ce message, je voyais une incitation à produire bio. De plus en plus de personne s’intéresse à ce projet. Nous avons un partenariat avec le CNRA ; l’ANADER, nous avons un partenariat avec Luxe Voyage qui développe l’éco tourisme, nous sommes aussi en partenariat avec l’office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) et nous sommes en partenariat avec les villages riverains du parc national de la Comoé qui prennent en compte les préfectures de Bouna, Nassian, Tehini, Kong et Dabakala. J’explique à mes proches qu’il ne faut pas polluer la terre pour manger le résultat de la pollution. Je crois qu’au bout de 5 ans, nous allons atteindre notre seuil.

A.N : quelles les difficultés que votre structure rencontre ?

M.K.A.V : nous avons des difficultés financières. Voyez-vous le travail que nous faisons, c’est seulement avec les cotisations des membres de notre ONG que nous essayons de programmer nos activités. Nous appuyons la politique de l’état dans le domaine de la foresterie. Le CNRA et ANADER nous accompagne. Nous avons une ONG sœur sève des terres qui nous accompagne. On travaille aussi avec une organisation sous régionale à Lomé. Si nous avons les moyens, je dois me rendre sur la station de Lomé pour m’enquérir de leur expérience. Nous avons de grands projets dans la foresterie et l’agriculture bio mais les moyens financiers freinent notre élan sans pour autant nous décourager. Nous commençons par le zanzan, car nous sommes un peuple agriculteur mais qui ne bénéficie pas de notre agriculture. Vous voyez, des produits comme l’anacarde, le cacao, le café veulent être certifiés bio, alors pourquoi ce que nous consommons directement, nous ne le certifions pas bio ? La longévité dépend de ce qu’on mange. Il faut manger sain et je dis que manger sain, c’est manger naturel. Nous demandons aux cadres, aux élus et autres personnes ou structures de bonnes volontés de bien vouloir nous accompagner dans ce projet. Les plantes qui sont en voie de disparition doivent revenir. Ici de un fromager, las bas un iroko, c’est du samba ici. Ce sont des pépinières que j’ai ici dans ma cour. Il faut que nous soyons naturels sinon le changement climatique, nous retombe dessus avec son corollaire de conséquences. La Cote d’Ivoire a la bénédiction d’avoir de la terre fertile. Tu plantes du maïs ici et il commence à pousser.

Nous devons planter des arbres pour que les générations futures en bénéficient. Nous a vert universel avons fait l’expérience du teck et nous disons que nous ne devons plus faire la promotion des plantes exotiques. Nous avons fait l’expérience du karité et du néré avec l’OIPR à Saye, village ancestral des Koulango et à Gansé dans le département de Bouna. Et cela a bien marché. Nous faisons la promotion des plantes endémiques. Il faut manger naturel pour ne pas trop tomber malade. Nous compenserons les quantités de la production bio par le prix. Nous envisageons la protection des forêts et rivières sacrées. Les gens ne vivent pas, parce qu’ils mangent la mort constamment. Même les champs d’ignames sont pulvérisés avec des pesticides. Sans agriculture bio, nous mangeons continuellement la mort.

A.N : un appel ?

M.K.A.V : La mode ne doit pas nous transformer mais nous devons être le model durable. Le fashing time est fini. J’appelle à la conscience naturelle pour que nous ayons des forêts. Le ciel sera heureux et les rivières aussi.

Kanigui Bilguisse

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