Interview/ M Mouroufié Daouda Ouattara président de la chambre régionale de l’agriculture se prononce sur les difficultés des paysans dans le Gontougo

4 mai 2017

(agrici.net) 04 mai-L’équipe d’Agrici.net de la région du Gontougo est allé à la rencontre du président régional de la chambre régionale de l’agriculture. Au cours de notre entretien il s’est prononcé sur les difficultés des paysans dans le Gontougo et a souhaité la mécanisation de l’agriculture. M Mouroufié Daouda Ouattara président de la chambre régionale de l’agriculture et président de la société coopérative des producteurs agricoles du zanzan (socoopaz), nous a reçu au siège de la chambre régionale de l’agriculture à Bondoukou

Agrici.net : qu’est ce que la chambre régionale de l’agriculture ?

Mouroufié Daouda Ouattara : la chambre de l’agriculture est une institution de la république, elle a un statut juridique de type particulier. Je peux dire que c’est un établissement public national.

A.N : Quelles sont vos qualifications ?

M.D.O : La chambre de l’agriculture est la représentation officielle du monde agricole. Elle a pour rôle d’organiser le secteur agricole de toute tendance confondu, notamment les cultures vivrières, les cultures de rentes et le maraîcher. Nous travaillons aussi dans l’élevage et la foresterie. Nous organisons aussi les opérateurs du secteur.

A.N : Comment la région s’est t’elle redressée après que la boucle du cacao est quitté votre région ?

M.D.O : effectivement nous étions la boucle du cacao aux lendemains des indépendances. Mais la grande sécheresse de 1983 suivi du feu de brousse a dévasté toutes les plantations 98% du cacao a disparu dans notre région. Pour lutter contre l’avancée du désert et barrer le changement climatique, l’état a lancé le projet de la culture de l’anacarde. Nous pouvons dire que l’anacarde est un don de Dieu. C’est une aubaine pour nos producteurs. Tu peux aller au champ, ramassé l’anacarde et vendre le produit directement. En plus, le produit s’achète mieux. Grace à l’anacarde, on sent la prospérité partout dans la région. Aussi dans les campements que dans les villes, la région est en chantier pendant et après la campagne de la noix de cajou C’est notre produit de rente.

A.N : quels sont les problèmes des agriculteurs de la région ?

M.D.O :le plus gros problème que nous avons dans la région est celui des moyens de production qui sont encore rudimentaires. Partout dans la région,on travaille uniquement qu’à la main et la daba. Or avec ces instruments, on
peut à peine produire pour se nourrir. Il est difficile de se développer avec cette forme d’agriculture. Pour que l’agriculture puisse profiter à l’agriculteur, il faut qu’elle soit mécanisée. L’état doit nous aider dans ce sens.
Par ailleurs, nous avons un problème récurrent entre les éleveurs et les agriculteurs. L’état doit s’y pencher. Les deux acteurs interviennent tous dans le milieu rural. Alors nous sollicitons l’état pour relancer le projet des barrages agro pastoraux de la défunte SODEPRA. Nous avons pu constater que c’est en parcourant de nombreux kilomètres pour faire abreuver le bétail que très souvent les animaux détruisent les champs des agriculteurs, s’il pet avoir de nombreux barrages pastoraux dans la région, cela aiderait à réduire considérablement ces conflits.

A.N : quels sont les produits agricoles qu’on rencontre dans le Gontougo ?

M.D.O : avec ses 5 départements et ses 22 sous préfectures, la région du Gontougo est produit l’anacarde, l’igname, le gingembre, le café, le cacao, l’hévéa, la banane, le taro et bien d’autres produits maraîcher.

A.N : on constate la fuite aussi bien des produits vivriers que des produits de rentes vers le Ghana, quelles sont les raisons ?

M.D.O : pour ce qui est de la production vivrière, effectivement c’est en Cote d’Ivoire que le Ghana se ravitaille. Mais pour ce qui est des produits vivriers le trafic des produits vers le Ghana n’est pas interdit. Il est certes vrai que cela fait que le marché est cher, mais le paysan est à la recherche de son bien être Quand le paysan propose un régime de banane à 500 F, à un ivoirien, il discute le prix. Mais un ghanéen pour ce même régime propose directement 2000F au paysan. Le marché est cher mais à l’avantage des paysans. Mais nous regrettons la fuite de l’anacarde vers le Ghana. C’est un produit de rente. Cette attitude est regrettable et nous la condamnons vigoureusement. Ce flux de notre produit est réel et nous disons que tout le monde est complice. Nous voyons faire. Les producteurs ne sont pas responsables de cette fuite. Le paysan vend son produit au plus offrant puisqu’il veut son bien être. Cependant, nous sensibilisons nos parents à vendre leurs produits aux acheteurs qui ont les agréments du conseil de coton et de l’anacarde. Ce que nous perdons en refusant de vendre le produit à un acheteur ghanéen formellement identifié, nous le rattrapons dans les infrastructures que l’état met à notre disposition. Nos villages sont entrains d’être électrifié, nous bénéficions de construction d’écoles et de collèges sans oublier les centres de santé. Ainsi que les salaires des fonctionnaires que nous voulons avoir dans nos localités. Ce ne sont pas les ghanéens qui vont développer notre région.

A.N : quel est l’impact de la perturbation des pluies de ces dernières années sur les productions ?

M.D.O :c’est une catastrophe. Cela a beaucoup joué sur la production vivrière. Vous constatez vous-même, ici à Bondoukou on achetait une 10 ignames à 1000F, aujourd’hui c’est 1 igname qu’on achète à 1000 F. C’est parce que la pluie est de plus en plus rare. Cela a pour conséquence la reconversion des paysans en orpailleurs. Phénomène nuisible pour l’environnement, les terres et la sécurité alimentaire. Si rien n’est fait et que les choses continuent, dans 2ans on ne pourra plus acheter une igname à Bondoukou.

A.N : vous avez bénéficié récemment de l’implantation de 2 unités industrielles dans la région grâce à la fédération nationale des coopératives de vivrier de Cote d’Ivoire (FENACOVICI), qu’elle impression ?

M.D.O : Il s’agit du projet d’appui à la sécurité alimentaire financé par la BAD et autres structures en collaboration avec Irié Lou Colette. C’est un ouf de soulagement pour toute la région. Il s’agit d’une unité de transformation de riz,
de tomates et d’un marché de gros. Cela va nous aider à sortir de la pauvreté.

A.N : un appel ?

M.D.O : nous demandons aux autorités d’aider les producteurs. Nos jeunes aujourd’hui n’arrivent plus à travailler comme les parents le faisaient. Si on ne mécanise pas l’agriculture pour encourager les jeunes à s’y intéresser, vraiment il sera difficile que la Cote d’Ivoire puisse se nourrir. Je souhaite aussi que l’état aide à financer la production agricole, cela permettra de mieux travailler.

Kanigui Bilguisse

Comments

comments

Newsletter Powered By : XYZScripts.com