ABENGOUROU/ gestion pacifique des conflits fonciers/ Comment on règle les problèmes pour éviter les violences

22 mars 2017

(agrici. net -abengourou )22 Mars-Contrairement à beaucoup de région du pays, les différends entre les occupants des parcelles de terre n’éclatent presque jamais en conflits ouverts dans la région de l’Indénié-Djuablin. Dans ces deux royaumes, des mécanismes huilés par des décennies de pratiques, ont permis des modes règlements à l’amiable et la mise en place de mécanismes aptes à prévenir toute violence dans les problèmes fonciers.

LES SOLUTIONS DE LA TRADITION
CONFLIT-1

Les royaumes de l’Indénié (Abengourou) et du Djuablin (Agnibilékro) qui constituent la région sont un exemple de stabilité. Hormis quelques violences généralement perpétrés dans le champ politique, les autres troubles sont rares ici. Et la raison principale est l’organisation sociale. En effet, se reconnaissant dans des Rois, (Nanan Boa Kouassi III dans l’Indénié et Nanan Agnini Bilé II du Djuablin), les peuples vivant dans ces deux départements et celui de Bettié disposent de structures traditionnelles qui tuent dans l’œuf toute vélléité de conflit lié à la terre.

C’est ce qu’explique un notable de la cour royale d’Abengourou :« Chaque région a sa particularité. Ici nous avons un Roi qui est le Chef de terre et tout. Et dans chaque canton il a des représentants appelés Chefs de cantons, et dans les cantons il y a les Chefs de villages et les chefs de cours. Chacun a sa partie de terre. Ici, s’il y a un souci, on passe par le Chef de famille, le Chef de Cour, le cas échéant, au chef de village, de canton et en dernier recours le Roi et alors, on sait que la terre litigieuse appartient à telle famille. » nous informe Adjéi K. qui est aussi le Conseiller spécial du Roi Boa Kouassi III. Outre cette organisation sociale bien structurée, l’absence de conflits s’explique aussi par la justice traditionnelle qui traite tous les problèmes dont ceux, très nombreux, occasionnés par les différends sur les parcelles.

En effet, la justice tradionnelle dans la région est organisée dans les villages, dans les cantons et au niveau royal qui reste le dernier recours. Il est très fréquent que des protagonistes qui se retrouvent devant un juge d’Etat se voient rédirigés vers les juges traditionnels, notamment pour ce qui est des conflits fonciers. « Avec la nouvelle génération, on a de jeunes cadres qui viennent et qui veulent appliquer ce qu’ils ont vu ailleurs. Mais nous veillons à les rappeler à l’ordre. Parfois certains vont voir le Procureur. Mais on leur demande s’ils ont vu le Roi, le chef de canton. S’ils répondent par l’affirmative, on leur demande le procès-verbal que les instances coutumières ont établi. Il tiendra compte de cela pour éventuellement émettre un avis. » confie encore l’auguste vieillard.

ET L’ADMINISTRATION ?

Si l’organisation sociale qui est ici largement tributaire de la royauté explique pour une bonne part l’absence de querelles ouvertes relativement aux problèmes fonciers, il y a que l’administration voit dans le pouvoir traditionnel un excellent auxiliaire. Ainsi, les pendants de l’administration étatique qui sont directement concernés par le problème foncier (Ministère de l’agriculture, les forces de l’ordre, la justice…) n’hésitent pas à collaborer pour encadrer la justice et le pouvoir traditionnel afin qu’une issue soit trouvée dans les conflits, cela, à la satisfaction des parties en conflit. Nguessan Camille le directeur régional de l’agriculture a expliqué comment ses services sont souvent sollicités par le pouvoir traditionnel pour donner son avis avant de trancher dans certaines affaires de conflits fonciers. En effet, il existe différents conflits généralement rencontrés dans la région : tel se plaint des infiltrations de son voisin sur ses terres.

Un autre reproche à un tiers d’avoir indûment occupé une parcelle familiale. Il peut s’agir des ayant-droits d’un chef de famille qui remettent en cause l’occupation de terres qui auraient été cédées à des allogènes par feu leur père. Un protagoniste peut se plaindre de voir remis en cause ses droits sur des terres qu’il a achetées et mis en exploitation. Un autre encore voudrait réclamer ses droits légaux sur une plantation qui a été attribuée aux neveux de son père selon certaines coutumes en usage. Les raisons des conflits fonciers qui sont portés devant le tribunal royal de l’Indénié, au-devant des chefs de canton, de village ou de cour sont diverses et multiformes. Or, aucun des cas cités, n’importe leur gravité, ne dégénéra en conflit ouvert ou violent comme c’est généralement le cas dans certaines régions du pays. En effet, l’organisation sociale du peuple agni est telle que toute situation conflictuelle ou confligène est d’abord réglée en famille, le cas échéant et par ordre hiérarchique, le chef de village prendra le relais, ensuite le chef de canton et enfin le roi qui reste le dernier recours. Ceci reste la principale explication de l’absence des violences liées aux problèmes fonciers.

D’autres raisons existent toutefois. Akou Damien. est fils de la sous-préfecture de Zaranou à l’Est d’Abengourou. Selon lui, le respect de la parole donnée et le fait que les étrangers et les allogènes connaissent leur place dans la région est une des raisons qui justifient que les conflits fonciers violents restent inexistants ici. A cela, Akou qui possède de nombreuses terres héritées de ses parents, évoque le respect de la loi de 1964 sur le foncier mais également l’observance des lois traditionnelles qui prévaut ici. Un autre secret reste la rareté des ventes de terres. Il existe des pratiques traditionnelles de location de terre appelés « aboussouan » et « domantchê » qui excluent en réalité la cession définitive des terres. En plus de ces garanties, la loi sur le foncier rural vient renforcer la stabilité de la région en la mettant à l’abri des violences occasionnées par les problèmes de terres. Amani J. a son idée sur la question : «Chez nous, la différence avec les autres régions est que les étrangers, les allogènes, ne sont pas arrivés d’eux-mêmes. Les parents sont allés les chercher. Si le propriétaire est satisfait de vous, il vous offre un lopin de terre en présence des autres membres de la famille. C’est le chef qui a donné et personne ne viendra réclamer cette terre qui a été donnée de façon consensuelle.

C’est ainsi dans les villages de l’Indénié. Ainsi, l’étranger devient presqu’un membre de la famille. C’est ainsi que vous verrez par exemple des burkinabés qui ont donné le nom de leurs tuteurs à leurs propres enfants. Ils y a une parfaite intégration et ces enfants sont vus comme des frères par la famille d’accueil. En résumé, lorsque quelqu’un, parce qu’il rencontre des difficultés te cède des caféiers ou des cacaoyers…, le jour où ces plantes n’existent plus, il faut l’accord des propriétaires avant de replanter autre chose. C’est un peu comme dans le cas des impôts qui s’arrogent par exemple la gestion d’une maison afin de se faire rembourser les impôts dus. ».
On le voit, l’Est apparaît comme une référence en matière de gestion pacifique des questions foncières dont le pays entier devrait s’inspirer.

Doumbia A pour agrici. net

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