ÉMERGENCE : L’AFRIQUE DOIT PARIER SUR SON AGRICULTURE

25 juin 2018

Au moment où les cours des hydrocarbures connaissent des perturbations préoccupantes sur les grandes places mondiales, l’Afrique devrait se faire le devoir de remuer les atouts dont la nature a bien voulu la doter. Notamment, en améliorant les politiques d’encadrement de son agriculture. Par ce biais, ce secteur vital pourrait se développer et poser de sérieuses bases pour l’émergence du continent africain.

Les Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement(BAD) qui se sont tenues à Ahmedabad en Inde, du 22 au 26 mai 2017, étaient placées sous un thème particulièrement évocateur : « Transformer l’agriculture pour créer de la richesse en Afrique ». Selon le président de cette institution financière multilatérale, Akinwumi Adesina, ce thème sonne comme une interpellation en raison du fait qu’aucune région au monde ne s’est jamais industrialisée sans transformer son secteur agricole. En effet, le moment est venu pour les pays africains, face à la mévente des matières premières fossiles, de considérer l’agriculture comme la clé de l’accélération de leur croissance, de la diversification de la production et de la création d’emplois. Les études réalisées par la BAD attestent d’ailleurs que l’agriculture représente 16,2% du Produit intérieur brut(PIB) du continent africain et fournit du travail à plus de 60% de sa population.

Revaloriser les dotations des budgets nationaux dédiées à l’agriculture

De plus, l’Afrique recèle de facteurs de production agricole importants qui ne demandent qu’à être développés. À cet effet, les experts soulignent que près de 65% de toutes les terres arables dans le monde se trouvent en Afrique. D’ici à une génération, affirment-ils, si les investissements appropriés sont déployés en faveur du secteur agricole africain, le continent pourrait être en mesure de se nourrir et de nourrir les neuf milliards de personnes que comptera la planète terre à l’horizon 2050.

Ces atouts pourraient justifier que la Banque mondiale s’intéresse en 2013 au CAADP (Compehensive Africa Agricultural Developpent Programme) lancé par les dirigeants africains 10 ans plus tôt pour encourager les gouvernements à accroitre leurs investissements dans le secteur agricole en y affectant au moins 10% de leur budget national. Dans la foulée, le chef secteur pour le développement durable de la région Afrique de la Banque mondiale, Sari Soderstrom, a apprécié la solide volonté politique des dirigeants du Burkina-Faso, de l’Éthiopie, du Ghana, du Malawi, du Mali, du Niger et du Sénégal qui ont tous atteint, et parfois dépassé, l’objectif de 10% fixé par le CAADP. Preuve que, de plus en plus en Afrique, ces orientations stratégiques rencontrent l’adhésion des influenceurs des politiques budgétaires qui consentent à augmenter les dépenses publiques dans l’agriculture de l’ordre de 7% en moyenne par an depuis 2003.

Au Niger, par exemple, la création du Fonds d’Investissement pour la Sécurité Alimentaire(FISAN) a permis aux pouvoirs publics d’améliorer l’offre des services financiers aux producteurs et autres acteurs des chaînes de valeur afin de soutenir la transformation des systèmes de production agro-sylvio-pastorales et halieutiques, et de favoriser la modernisation des systèmes de transformation et de commercialisation des produits agricoles et agro-alimentaires. Les mécanismes du FISAN offrent trois facilités fondamentales : le soutien au financement agricole pour encadrer les investissements privés à travers le crédit, les financements des investissements structurants agricoles et le financement du conseil agricole, de la recherche agronomique et du renforcement des capacités.

L’activité agricole doit devenir une entreprise

À côté de ces initiatives, il est important d’indiquer que l’Agence française de développement (AFD) a également apporté son concours à la modernisation et à la transformation de la qualité technique de l’investissement agricole, l’entretien de cet investissement par le truchement des intrants et l’assistance technique, au marché et au remboursement des prêts déductible sur les versements aux planteurs.

Il serait important de relever que ces appuis financiers et techniques au secteur agricole africain devraient être orientés vers l’augmentation substantielle de sa valeur ajoutée. Ainsi, les Etats africains devraient commencer par traiter l’agriculture comme un secteur d’activités commerciales et s’inspirer sans tarder des expériences menées ailleurs, comme en Asie du Sud-Est dont la rapide puissance économique s’est appuyée sur une industrie agroalimentaire et agroindustrielle forte.

En résumé, les perspectives reluisantes du secteur agricole en Afrique devront reposer sur la complicité public- privé- bailleurs de fonds. L’objectif étant que les agriculteurs qui se lèvent tôt tous les jours dans les quatre coins du continent passent des opportunités limitées offertes par les microcrédits aux possibilités de financement plus larges. L’on pourrait, à court ou moyen terme, voir naitre une nouvelle race d’entrepreneurs agricoles africains attachés à la production, à la transformation et à la commercialisation du « Made in Africa » agricole, deuxième génération.

Comments

comments

Translate »
Newsletter Powered By : XYZScripts.com