Le développement de la banane en Afrique, 1 réponse au défi migratoire de l’UE ?

29 novembre 2017

(rfi) L’agriculture est au menu du sommet UE-Afrique d’Abidjan. Les producteurs africains de banane demandent à l’Union européenne de ne pas abandonner leur secteur, qui fixe une main-d’œuvre importante en Afrique de l’Ouest.

Le développement de la banane en Afrique de l’Ouest peut être une réponse au défi migratoire de l’Union européenne. C’est ce que plaident les producteurs africains pour que leur partenaire commercial européen ne les abandonne pas. Cette filière crée des emplois, 50 000 personnes rien qu’en Côte d’Ivoire, le champion africain de la banane. Les superficies progressent à coup de milliers d’hectares dans ce pays et au Ghana voisin ; des plantations sont réaménagées au Cameroun. Un essor encouragé par la consommation croissante de l’Union européenne : les Européens ont mangé 6,4 millions de tonnes de ce fruit bon marché en 2016, 1 million de tonnes de plus que l’année précédente, dont 11% de bananes africaines, 663 000 tonnes, avant tout destinées à la France, au Royaume-Uni mais aussi de plus en plus à l’Italie et à l’Espagne.

Quelle compétitivité sans avantage douanier ?

Pourtant l’horizon s’assombrit pour la banane africaine. Les prix européens menacent de s’effondrer en 2018, s’il y a surproduction mondiale, puisque cette année, même les cyclones dans les bananeraies d’Amérique et des Antilles n’ont pas fait s’envoler les prix. « L’an prochain si l’Harmattan ne fait pas trop de dégâts, l’Afrique pourrait exploser les compteurs de production », estime un chercheur du Cirad. Comment écouler tous ces fruits si le « Brexit » barre l’entrée du marché britannique à la banane africaine où elle n’aura plus de franchise de droits de douane ?

A plus long terme, c’est dans toute l’Europe que la banane africaine va perdre cet avantage, qui était réservé aux pays ACP, puisque Bruxelles accorde à la banane concurrente d’Amérique centrale des détaxes dans le cadre d’accords bilatéraux. En 2020, il n’y aura plus que 75 dollars d’écart à la tonne entre la banane ivoirienne et la banane équatorienne, colombienne ou costaricaine importées en Europe, 1% du prix vert. Bruxelles met en outre fin au programme d’accompagnement « BAM » qui bénéficiait au secteur africain.

Jouer la carte de l’environnement

Dans ce contexte la banane africaine pourra-t-elle résister à la concurrence ? C’est tout l’enjeu. Les coûts de production africains sont faibles, en particulier les salaires, mais la formation est également insuffisante. Pour rester compétitive, la banane africaine a tout intérêt à jouer la carte de l’environnement. S’affranchir des insecticides et des nématicides contre les vers, dont les bananeraies du Costa Rica concurrent abusent. La Compagnie fruitière explore déjà cette voie écologique dans les bananeraies d’Afrique de l’Ouest.

Par Claire Fages

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