L’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique

8 novembre 2017

(ideas4development) L’agriculture africaine est très touchée par le changement climatique. Le Fonds international de développement agricole (FIDA) soutient l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Explications de Gilbert Houngbo, son président.

Comment l’agriculture contribue-t-elle au changement climatique ?

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur de l’agriculture représentent 24 % des émissions mondiales. Elles sont principalement causées par la déforestation à des fins agricoles, l’élevage à travers la fermentation entérique des ruminants et le stockage des effluents, et l’utilisation d’engrais de synthèse. L’Afrique est responsable d’environ 15 % des émissions mondiales de GES du secteur agricole.

Toutefois, ce n’est qu’avec la contribution de l’agriculture que l’augmentation de la température mondiale peut être contenue sous le seuil critique des 2 °C. L’agriculture est une des seules activités humaines capables, avec la sylviculture et l’aquaculture, de fixer le carbone.

En quoi le changement climatique menace-t-il le secteur agricole ?

L’agriculture est extrêmement sensible au changement climatique. L’irrégularité des saisons, l’excès de chaleur, la modification des régimes de précipitations diminuent les rendements, augmentent la probabilité de mauvaises récoltes et entraînent une prolifération des parasites et des maladies des cultures et du bétail. Le changement climatique conduit aussi à une augmentation des événements climatiques extrêmes.

Les régions tropicales, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, seront les plus affectées. Le dérèglement climatique aura des impacts négatifs sur la production agricole. Les populations rurales des pays en développement seront les plus durement frappées. Or, dans certaines régions, 80 % des besoins alimentaires sont couverts par la production des petites fermes (environ 500 millions sur la planète).

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’entre 34 et 600 millions de personnes supplémentaires pourraient connaître l’insécurité alimentaire à l’horizon 2080 selon le scénario de changement climatique et la trajectoire socio-économique retenus.

Pourquoi le continent africain est-il particulièrement concerné par cette question ?

L’Afrique subit déjà de plein fouet les effets du changement climatique. Par ailleurs, huit des dix pays les plus vulnérables au changement climatique sont africains selon l’indice mondial d’adaptation de l’université Notre-Dame (Indiana, États-Unis).

Sur le continent africain, 95 % de l’agriculture est pluviale : elle dépend entièrement des précipitations pour son approvisionnement en eau. Elle est souvent pratiquée dans des plaines inondables, des déserts et sur les flancs de coteaux, où les perturbations météorologiques détériorent gravement les sols.

L’agriculture fait vivre plus de la moitié des Africains. C’est un secteur clé de l’économie dans tous les pays d’Afrique. La réduction annoncée des surfaces cultivables et des rendements est un défi pour le continent, alors même que sa population doit doubler d’ici à 2050.

Quelle est l’action du FIDA concernant l’adaptation de l’agriculture au changement climatique ?

La question de l’adaptation au changement climatique est fondamentale pour les petits exploitants africains. En 2012, le FIDA a lancé le programme d’adaptation de l’agriculture paysanne (ASAP) qui est devenu le plus gros programme mondial dans ce domaine.

Entre 2012 et 2017, nous avons aidé 5,5 millions de petits agriculteurs dans 41 pays pour un ’total de 305 millions de dollars. Nous les avons aidés à diversifier leurs activités. Nous avons aussi introduit des innovations comme l’envoi de prévisions météorologiques par SMS en temps réel.

L’idée d’ASAP est de renforcer les aspects de durabilité environnementale et de résilience au sein même de nos programmes. C’est une grande force, car introduire de nouvelles techniques n’a de sens que si celles-ci sont rentables pour les petits exploitants. Il faut donc le faire avec des activités qui stimulent la production et l’écoulement des stocks grâce à un meilleur accès aux marchés.

L’adaptation signifie placer la question de la gestion des risques climatiques au sein même des programmes, et reproduire à plus grande échelle ce qui fonctionne. Il faut redoubler d’efforts.

La seconde phase d’ASAP a pour ambition que tous nos programmes nationaux prennent en compte l’accroissement des risques et contiennent une évaluation de la vulnérabilité au changement climatique pour mieux concevoir les projets.

Concrètement, comment le FIDA accompagne-t-il les agriculteurs africains ?

La gestion de l’eau est un des domaines d’intervention les plus fréquents du FIDA. La variabilité accrue des précipitations fait que les agriculteurs ne peuvent plus s’appuyer sur leurs connaissances traditionnelles des pluies. ASAP a permis aux agriculteurs eux-mêmes de mieux comprendre ces variations et d’identifier les solutions à disposition. En Afrique du Sud, par exemple, l’irrigation par goutte à goutte a été complétée par des barrières qui font de l’ombre pour réduire l’évaporation.

Nous travaillons également à l’amélioration de la gestion des terres. Au Mozambique, dans les couloirs de Maputo et du Limpopo, les rendements en manioc ont doublé grâce à des semences adaptées à la sécheresse et à des techniques de plantation et de désherbage particulières.

Nous cherchons aussi à accroître la résilience des infrastructures rurales, comme les routes ou les systèmes d’irrigation, aux aléas climatiques. Au Rwanda, nous travaillons ainsi à la construction de structures de séchage et de stockage plus adaptées.

Est-ce rentable pour les petits producteurs africains d’investir dans l’adaptation au changement climatique ?

Les petits exploitants sont très intéressés par toute approche ou technologie qui leur permet de se protéger des aléas climatiques. Mais elles doivent être abordables. Selon les critères d’ASAP, les techniques introduites doivent être rentables pour les petits exploitants. Elles doivent aussi être adaptées au niveau de capacité et de connaissance technique des agriculteurs, et être acceptables socialement.

Par ailleurs, l’agriculture climato-intelligente peut contribuer à une meilleure sécurité alimentaire. De nombreuses pratiques climato-intelligentes ont des rendements plus élevés et permettent une production plus variée, donc plus riche d’un point de vue nutritionnel.

Mais l’introduction de ces nouvelles pratiques nécessitera des financements et les petits agriculteurs devront être aidés pour affronter les coûts et les risques liés à l’évolution des pratiques agricoles.

Quel est le rôle des acteurs publics et privés face à ce défi ?

Le secteur privé peut apporter beaucoup aux petits producteurs en termes d’accès aux technologies, aux marchés et aux financements. Les entreprises sont d’ailleurs très intéressées par des partenariats autour de l’adaptation au changement climatique. Pour que ces partenariats soient mutuellement bénéfiques, le FIDA a développé l’approche 4P (partenariat-public-privé-producteurs) qui implique que les petits producteurs en soient des acteurs à part entière. Au Kenya, un partenariat a ainsi été mis en place pour créer un fonds de gestion de l’eau du bassin du fleuve Tana. Il inclut KenGen, compagnie responsable de l’eau et de l’assainissement de Nairobi, l’autorité gouvernementale chargée de la gestion des ressources en eau et l’ONG Mouvement ceinture verte. Les petits agriculteurs membres sont directement impliqués dans le projet, ils bénéficieront d’une eau moins polluée et seront moins affectés par les ruissellements.

Gilbert Fossoun Houngbo
Président du Fonds International de Développement Agricole (FIDA)

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