Fernaud Koffi : “Cap sur le bio, le cacao terroir et plus de transformation”

7 novembre 2017

(afrique.lepoint) ENTRETIEN. Le Conseil Café-Cacao de Côte d’Ivoire se confie sur l’état de la filière en Côte d’ivoire et ses perspectives de transformation.

Marquée par une crise profonde du secteur, à cause de la chute brutale des cours mondiaux de l”or brun » la dernière campagne de cacao s’est révélée, contrairement aux attentes, plutôt prometteuse à l’analyse des résultats rendus publics par le Conseil Café-Cacao (CCC, l’organisme ivoirien de régulation du secteur) fin septembre. Car la récolte de cacao a grimpé de 28,5 % sur la campagne 2016-2017 pour s’établir à 2,015 millions de tonnes. Faisant de la Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial. Les exportations ont augmenté de 23,3 % à 1,9 million de tonnes. Cette production record a permis d’augmenter le revenu brut global des producteurs de 28,6 % à 2 milliards de francs CFA (un peu plus de trois milliards d’euros), contre 1,565 milliards lors de la saison 2015-2016.

Face à ces cours très instables et cet équilibre trop fragile, le gouvernement ivoirien annonce qu’il maintient le prix d’achat garanti à 700 francs CFA par kilo, soit 1,06 euro, pour la campagne 2017-2018. Qu’est-ce qui attend les planteurs, les industriels ou encore les artisans, alors qu’est lancée la nouvelle campagne de récoltes de l’or brun en Côte d’Ivoire ? Éléments de réponses avec Fernaud Koffi, en poste à la direction du Conseil Café-Cacao.

Le Point Afrique : La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. À combien s’est élevée la production pour la campagne 2016-2017 ? Quelle est la part transformée localement ?

Fernaud Koffi : La campagne 2016-2017 s’est achevée sur une production de plus de 2 millions de tonnes de fèves de cacao. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, mais également le premier broyeur mondial. La part qui est broyée représente 35 % de la production.

Qui fait la cacaoculture en Côte d’Ivoire ?

La cacaoculture est réalisée surtout par des petits planteurs plutôt que par des grandes sociétés de production. On en dénombre quelque 800 000.

Quelle est aujourd’hui la plus grande région cacaoyère ivoirienne ?

Aujourd’hui, c’est la région de San Pedro. En Côte d’Ivoire, la cacaoculture est faite dans les zones forestières. La boucle du cacao a démarré dans l’est, puis la culture a gagné Abidjan et le centre-est. Maintenant, elle est concentrée dans l’ouest du pays.

Que représente la deuxième transformation et quels sont les chocolatiers présents en Côte d’Ivoire ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, il y a beaucoup de chocolatiers présents en Côte d’Ivoire, dont des Européens, notamment des sociétés françaises, qui fabriquent des produits finis (poudre, chocolat et pâte à tartiner). On peut citer le français Cémoi, dont l’usine de San Pedro est la plus importante de Côte d’Ivoire, le groupe suisse Nestlé ainsi que la Société africaine de cacao (Saco) et Chocodi, filiales du groupe suisse Barry-Callebaut. Notre pays compte également des artisans chocolatiers comme Tafissa (qui signifie se lécher les doigts en langue baoulé), Instant chocolat et Douceurs de Suzanne. Ces deux derniers ont participé, avec nous, à la 23e édition du Salon du chocolat à Paris. Depuis la réforme de la filière en 2012, qui a mis l’accent sur une meilleure rémunération du petit producteur, on encourage les artisans à se lancer dans la transformation. L’objectif du gouvernement ivoirien est de parvenir à un taux de transformation de 50 % d’ici à 2020.

Avez-vous rencontré, au cours de ce salon, des chocolatiers qui souhaiteraient s’implanter en Côte d’Ivoire ?

Nous travaillons en synergie avec les grands chocolatiers. Au niveau du Conseil ivoirien du café-cacao, nous avons instauré un partenariat public-privé avec les grands chocolatiers, comme Mars. Chaque année, nous organisons 4 à 5 rencontres dans ce cadre. L’objectif est d’amener les chocolatiers à investir dans des niches et à aider les planteurs ivoiriens à produire davantage et à faire du cacao de meilleure qualité. En bref, à produire du cacao de terroir.

Avez-vous des contacts avec des chocolatiers asiatiques, notamment chinois et japonais, qui sont de plus en plus actifs sur ce créneau ?

L’un des chocolatiers japonais présents à ce salon fabrique du chocolat avec des fèves ivoiriennes. Ses bureaux sont installés près de notre ambassade à Tokyo. Ce qui facilite les contacts. D’une manière générale, l’Europe et l’Amérique sont les principales destinations de notre production. Mais les pays asiatiques, de plus en plus consommateurs de chocolat, commencent à leur voler la vedette. Ils fabriquent du chocolat et ils sont donc demandeurs de cacao. Une partie de notre production reste aussi en Afrique.

La Côte d’Ivoire est en tête du cacao équitable. Qu’en est-il du cacao bio ?

La richesse du sol ivoirien est telle qu’elle permet de faire du bon cacao. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de pesticides. Les producteurs labourent l’espace, font le planting puis entretiennent les plantations jusqu’à la récolte. Ils utilisent peu de produits chimiques pour réaliser l’ensemble du processus. On peut donc dire que la majorité de la culture du cacao se fait en système bio.

Mais existe-t-il du cacao certifié bio ?

Il y a des coopératives agricoles qui sont suivies par des groupes de labellisation. On peut citer celle de Kavokiva (CAKD Kaokiva) dans la zone de Daloa. Dans la zone de San Pedro, il y a également des coopératives labellisées bio. Mais nous voulons faire plus et aller vers davantage de labellisation. C’est pour encourager et suivre les projets de certification bio et terroirs que l’on a créé la plateforme public-privé avec des grands chocolatiers. C’est le sens de cette initiative.

PROPOS RECUEILLIS PAR MURIEL DEVEY MALU-MALU

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