Relance agricole : au-delà du mythe de grenier de l’Afrique

28 octobre 2017

L’étendue des terres arables inexploitées (soit 80 millions d’hectares et 4 autres millions d’hectares de terres irrigables dont 10 % seulement exploitées) ne peut occulter les obstacles majeurs qui bloquent le développement des chaînes de valeur agricoles.

Dans un excès de colère, les rares paysans encore actifs dans le Kongo central ont brisé leur silence pour déplorer l’absence d’une véritable vision nationale à court, moyen et long termes malgré les discours politiques volontaristes distillés à la population congolaise. La RDC voit s’effriter progressivement son rêve d’accroître la production agricole intérieure et de régler durablement le problème de l’autosuffisance alimentaire. Ces dernières années, plusieurs facteurs ont paralysé l’action gouvernementale dans le secteur très stratégique de l’agriculture. Nous parlons d’un secteur qui a le mérite historique d’avoir contribué à combler les déficits budgétaires avant l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale. Aujourd’hui, il n’est plus que l’ombre de lui-même, avec le délabrement avancé des routes de desserte agricole. Cette situation ne permet plus d’atteindre les contrées lointaines. À la fin, l’on se retrouve dans des cas où plus de 50 % des produits agricoles post-récoltes sont détruits faute de débouchés pour les écouler. Pendant ce temps, des familles entières meurent de faim dans d’autres parties du pays. Il convient de rappeler aussi que le transport du produit représente plus de 60 % de son prix final. D’où son importance dans le contrôle de l’évolution des prix intérieurs.

Dans la foulée, d’autres analystes ont relevé un autre aspect lié cette fois à l’inexistence des financements agricoles. En effet, beaucoup d’institutions financières n’interviennent qu’en aval, lorsque la production est prête à être commercialisée. Autrement, le risque est trop grand de se retrouver devant de sérieuses difficultés, notamment l’attaque du champ par des insectes ou les catastrophes naturelles.

Urgence d’un dialogue

Plusieurs opérateurs agricoles ont souhaité un vrai débat national sur le sort de l’agriculture qui se meurt, faute d’une attention particulière des décideurs politiques et surtout faute de crédits à la hauteur des besoins énormes du pays en aliments de base. Nous parlons d’un pays qui figure en bonne place dans le top dix des pays qui vont influencer fortement la croissance démographique mondiale au cours des prochaines décennies. Même si certaines organisations tant nationales qu’internationales sont actives sur le terrain, à travers des dons de semences, formations et accompagnement technique, il faut s’inquiéter de leur faible impact sur le secteur agricole car le nombre de bénéficiaires reste bien en-deçà des défis à relever dans ce secteur.

L’avenir en vert

L’agriculture est le secteur par excellence de l’avenir pour le pays. Elle emploie plus de 70 % des actifs occupés, alors que seulement le quart se retrouve dans le commerce et services et moins de 5 % dans l’industrie. Si une ville urbaine comme Kinshasa voit la majorité des actifs occupés se regrouper dans le commerce et services, la réalité est différente dans le monde rural. Le mal est plus profond qu’on ne le pense. En effet, les dernières unités de production agricole ou usines spécialisées dans l’agro-industrie ont fermé leurs portes depuis des décennies ou sont en difficulté par manque de crédit ou de subvention conséquente de l’État. La périphérie est de la ville de Kinshasa et le Kongo central offrent des images décevantes, avec des étendues de terres arables en état d’abandon total. Les produits agricoles tels que le manioc, les bananes plantains, les ananas et autres ne sont plus consommés en grande quantité par les ménages. Pour espérer relancer le secteur, il faudra bien plus que des politiques agricoles ponctuelles et bonnes pour la consommation externe. Beaucoup en appellent désormais à la mise en œuvre d’un vrai plan de développement plus visionnaire, avec un chronogramme et des objectifs clairs et réalistes à atteindre. Nous y reviendrons.

Laurent Essolomwa

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