Quels sont les grands défis de l’agriculture africaine ?

25 octobre 2017

Les réponses d’Arlène Alpha, chercheuse au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), basée à Ouagadougou et de Léopold Somé, chercheur à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) du Burkina Faso.

« Produire plus ne suffit pas »

Arlène Alpha

Contrairement à une idée répandue, l’Afrique de l’ouest sahélienne n’est pas condamnée à avoir faim. Malgré le changement climatique, la pression démographique et des moyens rudimentaires, la production des céréales de base – sorgho, mil, maïs, riz – continue d’augmenter.

De plus, depuis les « émeutes de la faim » de 2007-2008, la plupart des États de la région se sont dotés de moyens pour faire face aux crises alimentaires. Les épisodes de famines qui ont marqué les années 1970 ont quasiment disparu dans cette partie du continent.

Preuve que les choses progressent : en 2016, 20 % des 18 millions d’habitants du Burkina connaissaient une situation d’insécurité alimentaire. C’est encore beaucoup, mais ils étaient un tiers il y a dix ans.

La question de la sécurité alimentaire ne se réduit pas à celle de la disponibilité en céréales qui focalise l’attention des pouvoirs publics. Les travaux menés par le CIRAD dans la région de Sikasso, au sud du Mali, et dans celle des Hauts Bassins au Burkina, ont montré que des zones agricoles riches, où la production est excédentaire, peuvent aussi connaître de graves problèmes de malnutrition, affectant notamment les plus jeunes.
Cela tient à des facteurs sociaux complexes – notamment la place de la femme dans les sociétés traditionnelles rurales – qui ont été trop négligés au profit d’une politique productiviste nécessaire, mais qui montre désormais ses limites.

« Le changement climatique est la principale menace »

Léopold Somé

De toutes les menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire du Burkina, comme sur toute la zone sahélienne, le changement climatique est la plus sérieuse.

Cela tient à ce que l’agriculture dite pluviale qui domine dans la région doit déjà faire face à un régime de précipitations déréglé. Depuis cinquante ans, les pluies sont moins abondantes, l’alternance des saisons sèche et humide est perturbée et les phénomènes extrêmes se multiplient.

Tout ceci bouleverse le calendrier cultural et déroute les paysans qui constatent, impuissants, une baisse générale des rendements, estimée, selon les pays et les régions, entre 5 % et 25 % pour le maïs, le sorgho ou le riz pluvial.

Il existe des moyens pour adapter l’agriculture à ce choc climatique. La recherche agronomique a notamment mis au point des variétés de sorgho ou de maïs à cycle court qui tolèrent mieux la sécheresse. De même, on redécouvre des pratiques culturales traditionnelles, comme le « zaï », une forme de culture qui permet de mieux concentrer l’eau et la fumure.
Mais la diffusion de ces techniques reste insuffisante. D’abord parce que l’on se heurte à un frein socioculturel : dans l’imaginaire des paysans, par exemple, l’irrigation, coûteuse et difficile, est réservée au riz ou aux cultures maraîchères. Ensuite parce que l’État manque de moyens pour soutenir un secteur agricole dont dépend pourtant 80 % de la population.

Recueillis par Antoine d’Abbundo

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