Comment le Maroc prend peu à peu le leadership de la révolution agricole africaine

20 octobre 2017

(Ecofin Hebdo) – Jouant à la fois sur la corde diplomatique et économique, le Maroc s’est lancé, ces dernières années, dans une véritable offensive sur l’agriculture africaine. Ce rapprochement qui se veut être une forme de solidarité sud-sud et une collaboration gagnant-gagnant, a aussi pour objectif de faire du Royaume chérifien, un partenaire agricole majeur du continent.

La stratégie marocaine en Afrique est fondée, en premier lieu, sur son dynamisme diplomatique. Le pays s’est en effet lancé dans une action diplomatique accrue à l’endroit des pays au sud du Sahara grâce à son souverain Mohammed VI. Pour le pays, il s’agit non seulement d’affirmer la volonté d’intégration panafricaine mais aussi de promouvoir et de renforcer la coopération agricole avec les pays africains. Les nombreuses tournées régionales effectuées par le roi marocain traduisent bien cette implication diplomatique active du Royaume.

Pour le pays, il s’agit non seulement d’affirmer la volonté d’intégration panafricaine mais aussi de promouvoir et de renforcer la coopération agricole avec les pays africains.

En 2013, Mohamed VI s’est ainsi rendu au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon ; en 2014 au Mali, en Guinée et en Côte d’Ivoire ; en 2015, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Guinée Bissau ; en 2016, au Rwanda, en Tanzanie, en Ethiopie et, en 2017, au Ghana, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Durant ces différentes visites, le souverain marocain s’entoure d’une importante délégation du secteur public mais également du secteur privé pour nouer plusieurs partenariats et accords.

Dans son déploiement à l’étranger, le Maroc a mis à contribution plusieurs de ses atouts au plan national, notamment la stratégie de développement de son agriculture baptisée « Plan Maroc Vert » (PMV) qui fait figure de modèle.

Le Plan Maroc Vert, l’atout charme du Maroc

Cette feuille de route lancée en 2008, vise à faire de l’agriculture, le fleuron de la croissance économique marocaine à l’horizon 2020, avec notamment une contribution de 100 milliards de dirhams (10,5 milliards $) au Produit intérieur brut (PIB). Afin d’atteindre cet objectif, ce plan repose sur deux principaux piliers. Le premier porte sur le développement d’une agriculture moderne à haute productivité et à forte valeur ajoutée, répondant aux exigences du marché grâce à des investissements privés. Le second pilier du PMV est le développement de l’agriculture solidaire orientée vers la lutte contre la pauvreté, à travers l’augmentation des revenus des exploitants agricoles les plus fragiles.

Dans le sillage de ces deux grands axes, le PMV promeut un modèle d’agrégation au niveau des exploitants. Cette dernière consiste en une organisation des agriculteurs au sein d’organisations professionnelles ou autour d’acteurs privés et permet de résoudre les difficultés liées à une offre limitée du foncier en milieu rural. Elle permet ainsi, aux exploitations agrégées, de profiter de techniques modernes de production tout en ayant accès aux marchés intérieur et extérieur.

Le Groupe Crédit agricole du Maroc (GCAM) représente l’instrument financier principal du PMV. Celui-ci vise à assurer un accompagnement financier des projets des deux piliers du PMV et de l’ensemble des acteurs de toutes les filières. Dans ce volet d’accompagnement, le GCAM a mis en place, en 2010, la Société de financement pour le développement agricole nommée « Tamwil El Fellah » (TEF). Celle-ci intervient auprès des petits exploitants agricoles marocains, n’ayant pas accès au financement bancaire traditionnel, en leur accordant des microcrédits.

En outre, compte tenu de ces capacités, l’OCP peut jouer un rôle central dans l’approvisionnement durable de l’Afrique subsaharienne en engrais phosphatés, au regard du taux d’application d’intrants de cette région, considéré comme le plus faible au monde.

Avec environ 10 kilogrammes à l’hectare (kg/ha) contre plus de 300 kg/ha en Asie de l’est, l’ASS ne consomme, qu’entre 1 et 3% de la production mondiale d’engrais. Elle représente également un importateur net d’engrais, en raison de la faiblesse de sa production, en dépit des gisements de phosphates disponibles, entre autres, au Togo, au Sénégal, en Tanzanie et en Tunisie.

Infrastructures

Sur le continent, l’OCP s’est surtout fait remarquer par ses nombreux projets de construction d’infrastructures de production d’engrais aussi bien aux plans régional que national.

Globalement, ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de son ambition de devenir le premier producteur mondial d’engrais en faisant passer sa capacité de production de 4,5 millions de tonnes par an en 2010 à 12 millions de tonnes par an, avant 2020.

S’agissant des projets régionaux, le groupe chérifien a inauguré, le 1er février 2016, l’African Fertilizer Complex (AFC), un complexe basé à Jorf Lasfar (110 km au sud-ouest de Casablanca) dont la production d’engrais est dédiée à l’Afrique subsaharienne. L’infrastructure annoncée en février 2014 par Mostafa Terrab, PDG de l’OCP, a nécessité un investissement de 5,3 milliards de dirhams (plus de 600 millions $). Elle possède une capacité annuelle de production d’un million de tonnes d’engrais. En outre, elle est dotée d’une unité de fabrication de 1,4 million de tonnes d’acide sulfurique et d’une unité de production de 450 000 tonnes d’acide phosphorique. Le port en eaux profondes à vocation minéralière et énergétique de la région devrait faciliter l’acheminement des engrais vers les marchés africains.

Autre projet d’envergure concrétisé en 2016, la création d’une filiale dédiée à l’Afrique, baptisée OCP Africa. Cette entité se chargera de piloter les activités du groupe sur le continent, qu’elles découlent de la production ou de la commercialisation. Elle travaillera, entre autres, à l’amélioration de la fertilité et de la productivité des sols africains, par le biais d’une fourniture en engrais adaptés aux besoins locaux et à la sécurisation de la production d’engrais compétitifs à proximité des grands bassins agricoles.

A l’échelle nationale, du côté est, le groupe a signé, en Ethiopie, le 19 novembre 2016, avec la Chemical Industries Corporation (CIC), en marge de la visite du roi Mohammed VI à Addis-Abeba, un accord de coopération pour le développement d’une plateforme intégrée de production d’engrais.

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