Mangue/ Faible transformation locale, la mouche des fruits…: Ces plaies qui contrarient les performances de la filière ivoirienne

14 octobre 2017

Les mangues d’origines Côte d’Ivoire sont très prisées sur le marché mondial particulièrement sur le marché de l’Union européenne( Ue). Où l’essentiel de la production ivoirienne est écoulée à l’état brut. C’est-à-dire sous forme de mangues fraiches. Selon les statistiques officielles, « la mangue est devenue après l’ananas et la banane, le 3ème fruit d’exportation de la Côte d’Ivoire, avec une production nationale en 2016 évaluée à 100 000 tonnes dont 32 600 tonnes ont été exportées contre 22 700 tonnes en 2015 ce qui représente une augmentation de 43% .

Par ailleurs, sur la campagne 2016, ce sont plus de 6,5 milliards de francs Fcfa qui ont été distribués aux acteurs de la filière ivoirienne de la mangue. Le prix moyen du kilogramme de mangue est fixé à 200 Fcfa la campagne 2017 »Principalement destinée à la consommation locale jusqu’au début des années 1990, la production de mangues s’est ensuite tournée vers l’exportation pour le marché européen, qui a cependant plafonné en moyenne à 10?000 t par an de 2002 jusqu’à la fin de la crise politico-militaire, en 2011.

Les performances de la filière ces dernières années sont dues au retour de la paix, mais aussi à l’entrée de la mangue dans le top 5 des fruits les plus consommés au monde. En Côte d’Ivoire, sa contribution à la consistance du revenu des producteurs est connue de tous. « Après la ruée sur l’anacarde, aujourd’hui, c’est la ruée sur la mangue, qui est une source importante de revenus, d’autant que le coton est relégué au second plan », explique Yéo Klotiona, un membre de la coopérative Gninnangnon, basée à Korhogo. Il nous revient que durant une campagne qui ne dure que 45 jours, tous les acteurs se frottent les mains. A en croire M. Koné Abdoulaye responsable de la production de la Société de conditionnement et de transformation de la mangue (Stcpa), « Tout le monde y trouve son compte, des producteurs aux importateurs, sans compter les transporteurs, les propriétaires de tricycles et les opérateurs économiques. Les plus petits acteurs, c’est-à-dire les récolteurs s’en sortent avec au moins 150 000 Fcfa à la fin des 45 jours de la campagne » Malheureusement, cette ruée vers cette filière de production est contrariée par les fameuses mouches de fruits qui est en train de détruisent depuis quelques années, les productions du verger ivoirien qui est concentré dans la zone nord du pays, dans les régions de savanes (Korhogo, Sinématiali, Ferkessédougou et Odienné). La production ivoirienne est négativement impactée aussi et surtout les effets du changement climatiques. La mangue est cultivée par des producteurs regroupés au sein de coopératives villageoises, qui assurent 90 % de la production nationale, et par quelques exploitants privés. En effet, selon des sources proches des acteurs de la filière et des services de contrôle qualité et phytosanitaire de l’Union Européenne,( Ue), « la Mouche des fruits est en train de détruire les productions de mangue de plusieurs pays producteurs africains de ce fruit. Citons le Ghana, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire » Concernant la Côte d’Ivoire dont l’essentiel du parc de production se trouve dans la partie nord du pays, « ne se porte pas bien depuis quelques années » Consécutivement à l’invasion de la mouche des fruits et exacerbée par l’absence de traitement phytosanitaire du verger durant la décennie de crise. « La situation dans la filière mangue est pour le moins catastrophique. Pour plusieurs raisons dont la première réside dans le changement climatique. Le verger a subit les conséquences du dérèglement climatique dans la partie nord de la Côte d’Ivoire. Les saisons de pluies sont non seulement décalées mais aussi tardives. La pluie de Février arrive un peu tard. De ce fait, les mangues ne prennent pas de volumes et n’arrivent pas à maturité satisfaisante. Etant donné que depuis des années, les importateurs sont habitués à recevoir l’origine Côte d’Ivoire dès la deuxième quinzaine du mois de Mars, ils insistent toujours Pour que la campagne démarre au plus tôt. Depuis quelques années, nous assistons à une course de vitesse. Mais à l’arrive, nous sommes confrontés à un problème de qualité qui impacte négativement les prix. ( ….) »

Une synergie d’action pour lutter contre la mouche des fruits

Face à la constance du nombre d’interceptions à l’entrée des pays importateur, malgré l’augmentation de la quantité de mangues à l’exportation, une synergie d’action à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest est en marche. « Pour faire face à un sinistre de la filière ouest africaine de la mangue, il est prévu la mise en place d’un un plan régional de lutte contre ce phénomène en Afrique de l’Ouest, d’un coût de 15,4 milliards de francs Cfa. Ce qui permettra d’améliorer les revenus des producteurs des fruits et légumes et de réduire de façon significative le nombre d’interceptions dues aux mouches des fruits. La Côte d’Ivoire a continué de subir un certain nombre d’interception. Il y en a eu 10 au total en 2015. » révèle le porte- parole du gouvernement ivoirien. L’un des principaux défis reste de gagner la lutte contre la mouche des fruits, véritable fléau pour les producteurs ouest-africains?: aux portes de l’Union européenne, si la présence d’un seul insecte est constatée à l’intérieur d’un conteneur de mangues, la totalité de sa cargaison est alors « interceptée » et détruite. Des experts du Centre national pour la recherche agronomique( Cnra) qui est affirmatif sur la question ajoute : « il faut un traitement et une lutte synchronisée pour circonscrire l’effet dévastateur de ces mouches dont l’action destructrice touchent aussi, le Burkina Faso, le Ghana et le Sénégal, la Guinée et le Mali pour ne citer que les producteurs africains » Cette fameuse mouche a envahi toutes les zones de production à travers le monde. En outre, du fait leur grande mobilité, elles s’attaquent à tous les fruits sur leur passage. « Ces mouches seraient venues du Sirilanka. Via l’Afrique de l’Est pour se retrouver en Afrique de l’Ouest. L’inconvénient, est que dès que les services vétérinaires et douaniers interceptent un arrivage infesté, automatiquement, l’origine est interdite à l’exportation. Si rien n’est fait, les autres productions comme l’anacarde ne sont pas à l’abri» Ajoute M. Coulibaly Kolo, producteur et exportateur de mangues basé à Sinematiali. Non sans ajouter que la faible production est due au changement climatique. « Nous subissons les effets du changement climatique. La très longue sécheresse est l’une des principales causes de la faible production. On n’a jamais vu cela depuis que nous sommes dans le métier. Avant sur un hectare de verger, on pouvait en sortir cinq bâchées ,mais cette année, sur un hectare, il est difficile de récolter 45 caisses de mangues. » a-t-il indiqué. Face à la situation, les acteurs demandent à l’Etat ivoirien d’apporter son soutien à la filière mangue, pour ne pas que la production baisse de façon drastique. Au début de 2015, le ministère de l’Agriculture a notamment lancé une campagne de traitement phytosanitaire à base de pesticides biologiques sur 20?000 ha de vergers dans le nord du pays. Avec l’appui du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca), le gouvernement envisage de financer l’introduction de nouvelles variétés?: les manguiers ont aujourd’hui un rendement maximal de 3 à 7 tonnes par hectare, les nouveaux plants devraient permettre de passer à une production de 10 à 15 t par ha pour la variété Kent et de 15 à 20 t par ha pour les variétés Keitt et Palmer. Mais pendant combien de temps la Côte d’Ivoire, premier pays africain exportateur de mangues très prisées sur le marché mondial, principalement sur le celui de l’Union européenne, doit continuer à ravitailler en mangues fraiches ces marchés indiqués plus haut ?

Cap sur la transformation locale

M. Abbé, est le directeur exécutif d’une coopérative fruitière qui travaille aussi sur les mangues. Interrogé sur le taux de transformation locale de la mangue ivoirienne avoue que « c’est depuis ces deux dernières années que les choses ont véritablement démarré. En ce qui concerne la mange séchée, le tonnage ne devrait pas dépasser les 50 tonnes » La Côte d’Ivoire disons –le, n’a que deux produits qu’elle parvient à transformer en intégralité. Il s’agit du palmier à huile et du coton en graine. Pour le reste, les taux de transformation varient d’une spéculation à une autre. Le cacao à hauteur de 30%, et moins de 5% pour les autres produits d’exportation comme l’anacarde, le café, l’hévéa, la mangue et l’ananas. Que faire pour rendre davantage compétitive la filière ivoirienne de la mangue ? Malgré la hausse de la production, la Côte d’ivoire n’exporte que 20%. Le reste de la production étant soit consommé localement soit jeté à la poubelle , faute de plate-forme adéquate de stockage et de conditionnement sur place. Le ministère ivoirien de l’Agriculture et du développement rural préconise une restructuration qui s’impose. Ayant perçu son caractère stratégique pour les régions de production, le gouvernement ivoirien a engagé plusieurs projets afin de structurer la filière mangue, qui est inscrite au Plan national de développement (Pnd) notamment dans le cadre du Plan national d’investissement agricole (Pnia). Qui prévoit par ailleurs la création d’une plate-forme logistique spécialisée de 5 ha au port d’Abidjan. Celle-ci permettra d’absorber une bonne quantité de mangues destinées à l’exportation, ainsi que la création d’une unité de production de jus concentré spécifiquement destiné au marché saoudien. Sur ce dossier des négociations entamées entre la partie ivoirienne et le secteur privé saoudien, la création d’une unité de transformation est en bonne voie. Surtout que l’Arabie Saoudite est l’un des pays qui consomme le plus les mangues concentrées. Comme dans les autres filières agricoles, l’un des objectifs pour gagner en valeur ajoutée est de développer la transformation locale. Plusieurs projets d’unités de séchage de mangues sont à l’étude. Ils doivent aussi permettre de créer des emplois. Une phase pilote financée par le Firca, la Banque mondiale et le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (Ppao/Waapp) est en cours d’exécution. La mangue contribuant entre 3 et 4% au Produit intérieur brut (Pib) et à presque 10% dans le Pib agricole, il faut mettre véritablement le cap sur la transformation locale. Les revenus annuels substantiels générés par le commerce de la mangue par les 5 000 producteurs recensés s’élèvent à sept milliards de francs Cfa , pour une capacité annuelle de production de 120 000 tonnes. La Côte d’Ivoire est le deuxième pays producteur de mangues en Afrique de l’Ouest.

Bamba M.

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