Anacarde : La Côte d’Ivoire produit, le Ghana en profite

29 mars 2017

Bondoukou, 29 mars (agrici.net) Comme on le dirait c’est un véritable « fiasco » pour tous les acheteurs et exportateurs de la noix de cajou qui ont acheté les agréments auprès de l’état ivoirien. La Cote d’Ivoire, on le sait est le premier producteur mondial de la noix de cajou avec près de 700.000 tonnes ces dernières années soit le tiers de la production mondiale. Une position qui a emmené l’état ivoirien à faire du produit une filière en y apportant de nombreuses reformes permettant de garantir la qualité du produit ivoirien sur le marché international et ce depuis 2013. Si les campagnes de 2014 et 2015 ont suscité un réel engouement auprès des exportateurs et acheteurs, il faut tout de même reconnaître que celle de 2016 fut un peu difficile avec une perte d’environ 50.000 tonnes de produit qui a traversé les frontières ivoiriennes pour se retrouver au Ghana.

La région du Gontougo, la plus grande région de Cote d’Ivoire, partage près de 260 kilomètres de ligne de frontière avec le Ghana voisin. De gros acheteurs de noix de cajou ont décidé de s’installer à Sampah au Ghana pour l’achat de la noix de cajou. La ville de Sampah est à peine à 10 kilomètre de Bondoukou. La région du Gontougo produit la meilleure qualité de cajou en Côte d’Ivoire. En 2014, la région était même la plus grande zone de production de la noix de cajou avec une production annuelle de 136.000 tonnes.

Pour cette campagne de 2017, les acheteurs accrédités auprès de l’état de Côte d’Ivoire n’ont pas pu travailler. Ils ont appelé le D.G du conseil coton anacarde à la rescousse mais rien n’y fit. « L’anacarde du Gontougo traverse la frontière ivoirienne pour se retrouver au Ghana, et cela se fait au vu et au su de tout le monde en pleine journée. Ils n’attendent plus la nuit pour le faire », nous a confié un acheteur qui a requis l’anonymat. Il poursuit « la concurrence ghanéenne nous empêche de travailler », lâche t’il.

Quelles sont les raisons de la fuite du produit vers le Ghana ? La région du Gontougo avec pour capitale Bondoukou, ancienne boucle du cacao, a aujourd’hui une économie exclusivement basée sur l’anacarde. Ce seul produit couvre plus de 80% des dépenses annuelle d’un paysan dans le Gontougo. On retrouve les mêmes populations Nafana, Brong et Lobi de part et d’autre de la frontière entre les deux pays. Certains ivoiriens ont des champs au Ghana et vice versa. Alors la première cause de la fuite du produit est le facteur prix.

En décembre le produit est déjà disponible dans la région de Bondoukou. Dans les villages frontaliers, le produit s’achetait déjà à 500F. En février, le produit s’achetait déjà à 750 FCFA dans les villages de la région mais dans les villages frontaliers, le produit avait atteint 1000 FCFA. Les acheteurs ghanéens s’arrangent toujours à acheter au double du prix lancé en Côte d’Ivoire. Alors comment convaincre un paysan de ne pas vendre son produit à 900 FCFA ou 1000 FCFA mais de le vendre à 425 ou 500 FCFA.

Les acheteurs accrédités en Côte d’Ivoire ne peuvent faire face à la concurrence. « Aujourd’hui les acheteurs du Ghana vont jusqu’au nord et au centre. Le produit transit par Agnibilékro et même Noé pour rejoindre le Ghana. L’administration est impuissante ». La seconde raison que nous avons trouvée à la fuite des produits est l’inexistence de coopérative forte dans la région. Car une coopérative rassemble les produits de ses coopérants et les vends ensuite elle redistribue à chacun sa part. Soit on n’a pas de coopératives soit se sont les coopératives qui vendent le produit au Ghana. Car selon certains responsables de la filière qui ont requis l’anonymat, tous les producteurs appartiennent à des coopératives. D’où vient-il alors que les ghanéens arrivent à avoir du produit pour traverser les frontières ?

Cela nous fait aborder le troisième et dernier volet qui est la porosité de nos frontières qui sont pourtant surveiller nuit et jour pars les forces de l’ordre. Notre équipe a pu rencontrer les acheteurs après une réunion secrète ténue ce mardi 28 mars 2017 où ils promettent lancer une désobéissance fiscale car l’état n’a pu les protéger face à la concurrence de contrebandiers.

Kanigui Bilguisse, correspondant

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