Younes Zrikem, BCG : « L’agriculture africaine a beaucoup progressé, et progressera encore, notamment grâce aux technologies »

22 mars 2017

(jeuneafrique.com)22Mars-Spécialiste de l’agroalimentaire au sein du Boston Consulting Group (BCG) à Casablanca, Younes Zrikem a présenté à l’Africa CEO Forum, dont la 5e édition se tient à Genève lundi 20 et mardi 21 mars, sa vision des principales évolutions qui toucheront ce secteur crucial pour l’économie et la sécurité alimentaire africaine.

Si les défis restent immenses, avec 200 millions de personnes sous alimentées sur le continent et des niveaux de rendements parmi les plus bas au monde — à environ 1,5 tonne par hectare —, d’importants progrès ont selon lui été réalisés ces dix dernières années. Mieux, des outils se développent chaque jour pour répondre aux besoins, tandis que les acteurs économiques ont saisi les opportunités que présente ce secteur. Cet expert, ancien cadre de l’industrie agroalimentaire au Maroc, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

On parle souvent des défaillances de l’agriculture africaine, vous notez pourtant que la production a sensiblement évolué ces dernières années…

C’est exact, l’augmentation de la production a été assez inégale mais il y a eu des évolutions très positives dans des pays comme le Kenya, l’Éthiopie, le Rwanda, ou même l’Égypte. Il y a eu une prise de conscience à la fin des années 2000, lorsque les prix des denrées alimentaires ont massivement augmenté, qu’il fallait s’appuyer sur la production locale. Cette prise de conscience est venue dans certains cas des gouvernements africains, dans d’autres cas des bailleurs de fonds internationaux, qui ont enfin considéré que l’agriculture était un sujet important.

Je parle notamment de la Banque Mondiale mais aussi de la Banque africaine de développement (BAD). Ensuite, des organismes qu’on voyait peu jusque-là, comme la fondation Rockefeller ou la fondation Gates, commencent à soutenir massivement l’agriculture, à travers des coopératives et des organisations de producteurs. Enfin, on voit des ONG comme One Acre Fund ou Livelihoods, et bien sûr des investisseurs privés, locaux ou internationaux. Qu’un fonds comme KKR ait investi dans l’horticulture en Éthiopie (Afriflora) c’est quand même significatif !

Outre l’implication plus forte de ces acteurs, quels outils ont permis ces progrès ?

D’abord, l’utilisation plus importante des intrants, des fertilisants, mais aussi l’amélioration des modes de production et celle des techniques d’irrigation. Le Maroc est sur ce point un exemple : au cours des dix dernières années il a connu une augmentation gigantesque de la micro-irrigation, c’est-à-dire du goutte à goutte, ce qui a permis au pays de se placer sur un chemin très positif.

Ne faisons pas cultiver des produits à des gens qui ne les ont jamais vus de leur vie, qui ne les ont jamais mangés.
Il a beaucoup été question des agropoles durant cette conférence (des zones mises en place par les pouvoirs publics pour attirer des investissements privés afin de dynamiser et de diversifier les productions),

que pensez-vous de ces initiatives ?

Il faut faire attention, dans les stratégies gouvernementales agricoles, à ne pas être dans une logique trop top-down. C’est-à-dire une approche qui consiste à dire : « On met de l’argent, on pousse la production et les agriculteurs n’ont qu’à s’adapter ». Il faut aussi prendre en compte les habitudes alimentaires locales, l’expertise agronomique des paysans. Ne faisons pas cultiver des produits à des gens qui ne les ont jamais vus de leur vie, qui ne les ont jamais mangés et qui ont à l’inverse une expertise sur le sorgho ou le manioc. Il y a donc une nécessité de croiser deux choses : d’un côté des grandes politiques gouvernementales ou multilatérales impliquant plusieurs pays et de l’autre, un travail à faire en local, projet par projet.

On observe actuellement une multiplication des projets d’usines d’engrais, qui répondent au déficit d’intrants locaux et accessibles. Mais, parallèlement, émerge un discours qui vante l’utilisation raisonnée de ces engrais.

Quelle voie adopter ?

Il faut considérer les deux. À ce stade de développement de l’agriculture africaine, on ne peut pas estimer que les engrais traditionnels doivent être bannis. Leur taux d’utilisation est extrêmement faible. Par ailleurs,LIRE LE SUITE ICI

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