Agriculture et sécurité alimentaire : le grand défi de l’Afrique

2 janvier 2017

L’année 2017 sera-t-elle l’année du début du grand bond de l’agriculture africaine ? Les initiatives se multiplient pour permettre au continent de développer ce secteur stratégique qui est confronté à d’énormes difficultés. L’enjeu est pourtant de taille au vue du potentiel dont dispose le continent pour assurer sa sécurité alimentaire mais aussi et surtout accélérer son processus de développement durable et inclusif. L’heure est à la synergie pour une action globale dont les premiers actes sont attendus dès cette année.

Beaucoup a été dit et même trop dit sur l’agriculture africaine, son potentiel, ses opportunités en matière de développement et le rôle qu’il peut jouer pour l’avenir de l’humanité. Des années durant pourtant, la mobilisation en faveur du développement de ce secteur, n’ont à ce jour, pas permis de lever les principaux obstacles qui freinent sa croissance et empêchent les populations du continent d’en tirer un véritable profit. Des stratégies ont certes été mises en œuvre dans certains pays ou régions avec quelques résultats satisfaisants mais qui sont loin des objectifs espérés et le secteur continue à traduire en acte tout le condensé de ce paradoxe africain qui fait qu’en dépit de ses immenses ressources, l’Afrique peine à assurer son développement.

En cette année 2017 qui commence, c’est un peu la même rengaine qui ressort des différents rapports et engagements tant des pays que des partenaires internationaux qui ressassent toujours les mêmes constats et parviennent fréquemment aux mêmes conclusions surtout en matière de belles recommandations qui, à première vue, apparaissent comme facilement réalisables. Il y a pourtant comme un vent d’espoir qui souffle sur le continent pour les prochaines années notamment en matière de développement agricole car désormais l’approche en la matière met l’accent sur le chainon qui a toujours manqué jusque-là, celui du financement. Qu’il s’agisse des fonds publics ou privés, c’est le principal défi pour la transformation structurelle de ce secteur qui pourrait désormais s’appuyer sur les fenêtres d’opportunités qu’offrent les nouvelles technologies et la lutte contre le changement climatique pour enfin amorcer sa révolution.

Le défi d’une transformation agricole structurelle

C’est un constat qui fait désormais consensus auprès des experts ainsi que des principales institutions internationales et bailleurs de fonds engagés dans le développement de l’Afrique. Le développement des économies africaines passe par la diversification de ses locomotives de croissance et en ce sens le secteur agricole offre aux pays du continent une opportunité sans pareil dans la dynamique mondiale actuelle. Assurer la sécurité alimentaire de l’Afrique, c’est parvenir à améliorer la productivité du secteur et tirer des points de croissance, c’est parvenir à l’intégrer à la chaine des valeurs mondiales. La clé du succès en somme, réside dans l’industrialisation accéléré du secteur en misant sur les nouvelles solutions technologiques et en accédant au financement. C’est en ce sens que la révolution agricole sera effectivement en marche. En la matière, certaines initiatives qui seront lancées dans les prochains mois s’inscrivent dans cette tendance.

«Le passage à une agriculture moderne et commerciale est la clé de la transformation de l’Afrique et des conditions de vie des Africains, en particulier des ménages les plus pauvres vivant en milieu rural» ne cesse d’insister à différentes occasions, comme dernièrement à la COP 22, Akinwumi Adesina, le président de la Banque africaine de développement (BAD).

L’une de ces nouvelles initiatives, «Nourrir l’Afrique», qui fait partie des cinq nouvelles priorités d’interventions de la banque panafricaine, est annoncée comme «la clé de la transformation de l’agriculture africaine en un secteur compétitif sur le marché international, inclusif et commercial, qui crée des richesses, des emplois rémunérés et améliore la qualité de vie». Ces quatre principaux objectifs prennent en charge la plupart des défis de l’heure pour le secteur, notamment contribuer à l’élimination de l’extrême pauvreté en Afrique, à éliminer la faim et la malnutrition en Afrique, à faire de l’Afrique un continent exportateur net de produits alimentaires et enfin, à hisser l’Afrique au sommet de la chaîne de valeurs mondiale.

Selon les résultats projetés, à l’horizon 2025, 320 millions de personnes ne devraient plus souffrir de malnutrition et 130 millions de personnes devraient sortir de l’extrême pauvreté sur la même période. L’Afrique deviendra alors un continent exportateur net de produits agricoles, avec un volume des exportations en lieu et place du volume des importations se chiffrant à 110 milliards de dollars alors que le continent importe pour 35 à 45 milliards de dollars, ce dont il a besoin pour son alimentation. Enfin, l’Afrique devrait à la même échéance doubler sa part de valeur marchande sur des produits de base sélectionnés et transformés.

Selon les projections de la BAD, «exploiter le potentiel agro-industriel de l’Afrique et réaliser ces objectifs peut permettre aux capitaines d’industrie d’accéder à des marchés de plus de 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2025». Cependant pour ne pas se faire d’illusions et se laisser bercer par ses lauriers comme c’était le cas par le passé, la mise en œuvre de la stratégie «Nourrir l’Afrique» devrait s’appuyer sur un certains nombre de catalyseurs. Parmi lesquels, l’accroissement de la productivité, l’augmentation de la valeur ajoutée, l’accroissement de l’investissement dans les infrastructures, l’augmentation du volume de financement agricole, l’instauration d’un environnement propice à l’agro-industrie et enfin l’amélioration de l’exclusivité, de la durabilité et de la nutrition ainsi que la multiplication et le renforcement des partenariats.

Nouvelles opportunités à l’horizon

Il faudrait attendre pour se donner une idée de l’effectivité des engagements pris dans ce cadre mais le lancement de plusieurs initiatives attendues à partir de cette année, apporte un nouveau vent d’espoir pour le secteur agricole africain. Au premier rang des annonces qui tendent à conforter cet optimisme, la question du financement qui constitue le nerf de guerre dans le cadre de ce qui ressemble à une vraie bataille en faveur du développement pour le continent. Dès le mois de janvier 2017 et sous l’égide de l’Union africaine et de la BAD, un sommet international des bailleurs de fonds se tiendra en prélude au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation panafricaine d’Addis Abeba. Il s’agira alors de mobiliser les fonds en faveur du secteur agricole africain en attendant l’issue des négociations pour la répartition des 100 milliards de dollars que les pays développés se sont engagés à mobiliser annuellement à partir de 2020 et dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs contenues dans l’Accord de Paris sur le climat de décembre 2015.

Au sortir de la COP 22 qui vient de se dérouler à Marrakech et à l’occasion duquel, la place de l’agriculture africaine a été érigé en priorité des priorités afin de permettre au continent de s’adapter au changement climatique, les négociateurs se sont donnés rendez-vous en 2018 afin de finaliser leur feuille de route ainsi que l’agenda de mise en œuvre des actions qui bénéficieront des fonds prévus dans le cadre de la finance-climat. L’enjeu est de taille pour le continent et jamais, le continent n’a bénéficié d’une si grande mobilisation en faveur d’un secteur longtemps laissé pour compte par les différentes politiques publiques de développement et les investissements privés alors qu’il est capable, à lui-seul, de prendre largement en charge grande partie des défis stratégiques de l’heure auquel l’Afrique doit faire face. Il s’agit notamment de la sécurité alimentaire, de la transformation structurelle de l’économie africaine et surtout de la création de richesse et d’emplois durables. En somme un enjeu stratégique qui va au delà même du continent, puisqu’avec son potentiel, ce qui aujourd’hui s’annonce en terme de problématiques peut se traduire d’ici quelques années, en réponse aux défis mondiaux notamment en matière d’adaptation au changement climatique.

Vecteur de croissance accéléré et de développement inclusif

Selon l’organisation de l’ONU pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), la production agricole doit augmenter de 60% pour que le monde puisse encore se nourrir en 2050. Avec ses 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées, soit à peu près 60 % de l’ensemble des surfaces mondiales, le continent africain représente, en effet, l’un des plus grands pôles de croissance au niveau mondial.

C’est à juste titre que certains experts estiment que le «continent pourrait servir de grenier pour le monde» à condition que les moyens pour y parvenir soient mobilisés et efficacement drainés vers les secteurs prioritaires qui vont servir de locomotive au développement industriel du secteur. Les deux premiers Objectifs pour le Développement Durable (ODD) que l’ONU a adopté pour l’horizon 2020, sont relatifs en effet à mettre fin à la pauvreté et vaincre la faim ainsi que l’insécurité alimentaire. L’agriculture assure aujourd’hui la subsistance de plus de 70% des populations africaines, et en plus, le secteur offre une réelle opportunité de prendre en charge les défis socioéconomiques les plus pressants des pays du continent. L’agriculture fournit une importante part des emplois en Afrique, et selon plusieurs études, en dehors des pays d’Afrique du Nord et d’Afrique australe, de quelques pays exportateurs de pétroles l’agriculture occupe la moitié ou plus de la population active.

Actuellement, la population agricole en Afrique est estimée à plus de 530 millions et les projections pour 2020 tablent sur 580 millions poste. Par ailleurs, la population qui vit de l’agriculture représente 48 % de la population totale du continent relevées par une récente étude de la BAD, c’est que par rapport au reste du monde sur ces 30 dernières années, l’agriculture a absorbé une large part de l’augmentation de population active. La moitié des nouveaux actifs africains se sont ainsi tournés vers l’agriculture alors que ce n’était le cas que de 30 % des nouveaux actifs en Asie alors que dans les pays les plus avancés, le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer.

Autant d’argument qui plaident en faveur du développement du secteur, lequel pourrait s’appuyer sur les solutions innovantes qu’offrent la science et la technologie. Leur expansion est en train de transformer le secteur agricole et grâce à l’utilisation de la biotechnologie moderne, de drones, de systèmes intelligents de gestion efficiente de l’eau et des nutriments, la technologie et l’innovation sont en train de transformer les exploitations agricoles en «fermes intelligentes». L’Afrique doit donc investir davantage dans la science et la technologie pour avoir une agriculture plus efficiente et compétitive, et ainsi diversifier rapidement ses économies.

Source: Afrique Latribune.fr

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