Le Maroc mise sur la diplomatie du phosphate pour étendre son influence en Afrique

20 décembre 2016

www.lemonde.fr.(20 dec) Le groupe marocain OCP a ouvert d’un coup des filiales dans quatorze pays africains, pour mieux exporter ses engrais ou, comme au Nigeria, en produire localement.

Tarik Choho a du vent dans les voiles. Le personnage, 51 ans, est porté à la fois par la plus grande richesse de la terre marocaine, le phosphate, et par l’ambition de son pays de se déployer sur tout le continent. « L’Afrique pourrait nourrir la terre entière mais ne se nourrit pas elle-même », lance-t-il au premier étage du bâtiment de verre et de béton qui sert de siège de l’Office chérifien des phosphates (OCP), à Casablanca.

Après avoir vendu des réacteurs nucléaires d’Areva dans le monde entier, ce manageur de calibre international, originaire du Rif, est rentré au pays pour intégrer la direction du groupe et lancer OCP Africa. Créée en février 2016, la société s’est implantée d’un coup, à en croire la publication en rafale d’annonces dans le journal officiel marocain de juillet 2016, dans quatorze pays africains « au fort potentiel agricole », dont le Nigeria ou la Côte d’Ivoire. Dans ce cadre, le phosphatier marocain a annoncé le 19 novembre la construction d’un gigantesque complexe de production d’engrais en Ethiopie. Avec 2,4 milliards de dollars injectés sur cinq ans, soit le plus gros investissement jamais réalisé en dehors du Maroc, l’OCP vise une production de 2,5 millions de tonnes d’engrais par an d’ici 2022. De quoi couvrir les besoins des agriculteurs en engrais dans ce pays de 100 millions d’habitants où l’agriculture est le pilier de l’économie.
Deuxième producteur mondial d’engrais

Plus récemment encore, un accord a été signé le 2 décembre à Abuja, la capitale du Nigeria, entre le Groupe OCP et le Groupe Dangote, du nom de l’homme le plus riche d’Afrique, en présence du roi du Maroc Mohammed VI et du président nigérian Muhammadu Buhari. Les deux groupes ont engagé 2,5 milliards de dollars pour produire des engrais à Lekki, dans la banlieue de Lagos, avec une capacité d’un million de tonnes d’ici 2018.
« L’agriculture en Afrique doit passer du monde de l’assistance vers le monde du business », Tarik Choho, président d’OCP Africa
Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent, est un enjeu majeur pour le Maroc qui détient les plus grandes réserves de phosphate de la planète et en est le troisième producteur mondial avec 30 millions de tonnes par an, derrière la Chine et les Etats-Unis. Le groupe OCP représente 30 % des importations globales de cette matière première et ses produits dérivés, notamment les engrais phosphatés, dont il est aussi le deuxième producteur dans le monde. Entre un pays qui vise la position de leader mondial avec un objectif de production de 12 millions de tonnes d’engrais par an d’ici 2017, et un continent qui a un besoin vital d’engrais pour assurer sa sécurité alimentaire, l’affaire est en train de se nouer et c’est Tarik Choho qui est à la manœuvre. D’où enthousiasme. « L’agriculture en Afrique doit passer du monde de l’assistance vers le monde du business », estime M. Choho.

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