Adaptation de l’agriculture africaine (AAA) aux changements climatiques: Pourquoi faut-il sauver l’Afrique ?

4 octobre 2016

Le continent peine à drainer les fonds nécessaires au renforcement de sa résilience. Les chiffres en témoignent. Des 100 milliards de dollars du fonds climat alloués à cet effet, l’Afrique ne perçoit que quelque 5%, dont la quasi-majorité va à l’agriculture.

La prise de mesures nécessaires à l’adaptation du continent africain au changement climatique s’impose aujourd’hui comme une urgence. Présenté comme étant le plus vulnérable aux effets de ce changement, et très petit émetteur de gaz à effet de serre (4%), le continent peine à drainer les fonds nécessaires au renforcement de sa résilience. Les chiffres en témoignent. Des 100 milliards de dollars du fonds climat alloués à cet effet, l’Afrique ne perçoit que quelque 5%, dont la quasi-majorité va à l’agriculture. Pour y remédier, l’initiative pour l’Adaptation de l’agriculture africaine (AAA) au changement climatique est née. Appelée Initiative Triple A, cette grande opération de sensibilisation et de séduction a fait parler d’elle les 29 et 30 septembre à Marrakech, où ministres, scientifiques et décideurs venus du monde entier se sont joints pour faire avancer les négociations dans ce sens. A moins de deux mois de la COP22, le timing n’aurait pu être mieux choisi.

Après la COP21, un bon nombre de pays ont procédé à la ratification de l’Accord de Paris sur le climat. Le dernier en date est l’Inde. Troisième pollueur mondial, ce pays a déposé les instruments de ratification dimanche 2 octobre, faisant ainsi un grand pas dans la cause climatique. Bien que ces nouvelles soient rassurantes, le vrai enjeu désormais consiste à remporter le marathon des solutions concrètes. Si l’on se base sur les déclarations de Salaheddine Mezouar, ministre des affaires étrangères et président de la COP22, l’initiative Triple A en est bien une. «Quand les bailleurs de fonds voient des initiatives concrètes comme celle du Triple A, ils suivent», avait-il confié à la presse lors du sommet de haut niveau tenu à Marrakech.

Lancée depuis avril de cette année, sous l’égide du ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch, cette initiative a pour ambition de mettre l’agriculture africaine au rang des priorités internationales. Selon M. Akhannouch, il sera en effet question de «faire entendre la voix de l’agriculture africaine dans les négociations climat», ainsi que de lancer ou faire grandir les projets d’adaptation agricole. Pour le ministre, l’urgence est là et il serait temps de l’exprimer davantage. «Accélérer dès à présent le financement et la mise en œuvre de projets, c’est prendre acte de l’urgence d’agir et fonder la crédibilité de notre initiative Triple A sur des résultats concrets», avait-il fait savoir.

L’Afrique nourrirait le monde…

Le constat est clair. Les différentes conclusions du haut sommet organisé autour de l’initiative «Triple A» s’accordent à dire qu’il y a lieu de sauver l’Afrique, et cela ne passera pas sans remettre sur pied son agriculture. Lors de ces deux jours d’échanges, il a été question de rappeler un grand paradoxe. Au moment où six des dix pays les plus menacés par le changement climatique se trouvent en Afrique, 65% des terres érables dans le monde s’y trouvent également.
Si aucun engagement n’est entrepris, les deux tiers de ces terres sont menacés de disparition à l’horizon 2050. Autrement dit, s’il y a des actions à mener, et des fonds à mobiliser, ce serait bien à destination de ce continent. Cela a été d’ailleurs évoqué par Ethel Sennhauser. En sa qualité de directrice du pôle Agriculture du Groupe de la Banque mondiale, celle-ci a insisté dans sa présentation sur les opportunités à saisir. Elle rappelle à ce titre que les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire en Afrique pourraient créer un marché d’une valeur d’un trillion de dollars d’ici 2030.

En effet, si elle est suffisamment résiliente, l’agriculture africaine a tous les atouts pour accélérer sa production d’une façon exponentielle. Il y a lieu de souligner qu’en plus du fait que la plupart des terres non cultivées sont situées en Afrique, ce continent exploite jusque-là moins de 2% de ses ressources en eau renouvelable. Pour la représentante de la Banque mondiale, et compte tenu de la situation, il est important de passer à ce qu’elle définit comme «agriculture climate smart». Autrement dit, assurer la résilience de l’agriculture afin de créer des richesses tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

«Ce scénario de l’Agriculture climate smart est gagnant pour tout le monde. Nos agriculteurs seront les docteurs et sauveurs de la planète. On ne peut pas se permettre de faire marche arrière et c’est là l’intérêt du triple A initiative», conclut-elle.

Pour rappel, l’agriculture africaine est un secteur vital qui concentre entre 25 et 35% des emplois directs selon les pays et génère les revenus de près de 70% de la population. A cela s’ajoute le fait que d’ici 2050, un quart de la population mondiale vivra en Afrique. Elle se situera entre 2 et 3 milliards puis 4,2 milliards en 2100. Tant de chiffres qui appellent, en effet, à revoir le tableau des priorités mondiales.

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