Toussaint N’Guessan de l’OMCC : “Etre cultivateur de cacao, ce n’est pas une fatalité, c’est un métier”

6 septembre 2016

L’Ivoirien Toussaint N’Guessan est Président fondateur de l’Organisation mondiale des cultivateurs de cacao (OMCC/WCPO en anglais), créée en mars 2015, qui a son siège à Accra. L’objectif de l’Organisation : faire entendre la voix des producteurs à tous les niveaux de décision. Après 15 mois d’existence, il dresse le bilan dans un entretien accordé à notre confrère de CommodAfrica.

Près d’un an et demi après la création de l’Organisation mondiale des cultivateurs de cacao, pouvez-vous nous dresser un premier bilan ?

L’Organisation mondiale des cultivateurs de cacao (OMCC) a été créée le 20 mars 2015, en marge de la 91ème assemblée annuelle de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) à Abidjan. Elle a été portée sur les fonds baptismaux par les représentants de 10 pays producteurs : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, la RD Congo, la Sierra Leone, le Brésil, la République dominicaine, l’Indonésie et le Togo.

Notre constat est simple : on ne peut pas continuer à penser, concevoir, décider, en lieu et place de ceux qui sont la racine, l’épine dorsale de l’économie cacaoyère, c’est-à-dire le producteur. Depuis 2009, l’ICCO promeut la durabilité de l’économie cacaoyère à travers l’Agenda global du cacao. Mais pour assurer cette durabilité, tout le monde doit à la table des discussions pour que chacun puisse apporter sa contribution.

Or, nous avons constaté en 2007 à Accra, en 2009 à Trinidad & Tobago, en 2012 en Côte d’Ivoire et en 2014 à Amsterdam, que le producteur n’était pas à la table de discussion. Pourtant, la durabilité est comme une table qui a besoin de 4 pieds pour assurer un équilibre : le premier ce sont les gouvernements des pays producteurs et consommateurs, le deuxième c’est l’industrie, le troisième ce sont les ONG et la société civile des pays consommateurs et le quatrième devrait être les producteurs mais ils sont toujours absents.

Donc pas les pays producteurs mais les producteurs eux-mêmes…

Oui, les producteurs. C’est pourquoi nous parlons de cultivateurs de cacao parce qu’il s’agit des acteurs premiers. Ils n’ont d’ailleurs pas de statut en tant que tel alors qu’être cultivateur de cacao, ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas un destin, c’est un métier, c’est une profession qu’il faut valoriser.

Donc nous avons créé notre organisation que l’ICCO a bien voulu enregistrer ; nous sommes membres de la Commission consultative de l’ICCO. En 2016, nous avons été désignés comme le représentant des producteurs de cacao pour participer au Comité technique et scientifique de la 3ème Conférence mondiale sur le cacao qui s’est tenue en République dominicaine. Nous avons porté la voix des producteurs durant cette conférence lors d’un panel.

Quelles sont vos principales revendications ?

Le producteur est déclaré bénéficiaire de toutes les initiatives, de tous les programmes sur le cacao lancés ça et là, mais il ne contribue pas à la formulation des politiques le concernant. Si les producteurs ne peuvent pas participer au débat, à la formulation des politiques, lorsqu’il y a une crise, on ne se sent pas concerné.

Avez-vous un exemple concret?

Quand il y a eu la chute des prix, puisque nous ne sommes pas associés à la formulation de ces politiques, nous n’avons pas eu accès aux informations du marché. Ainsi, dans beaucoup de pays, les producteurs ont coupé leur plant de cacaoyer pour planter de l’hévéa qui apporte un revenu mensuel. Mais ceci s’est fait au détriment de la production de cacao. Aujourd’hui, le verger est vieillissant.

Qu’auriez-vous fait de plus ou de différent si vous aviez été dans ces instances?

Nous n’avons que 15 mois mais nous parlons déjà directement avec la Banque mondiale et lui donnons notre opinion.

Par exemple, on parle de transformation de cacao, ce qui apporterait une valeur ajoutée aux producteurs. Depuis juillet, nous sensibilisons la Banque mondiale afin que la voix des producteurs, la place des nationaux, soient prises en compte. Et on demande qu’un quota soit réservé aux nationaux pour que la transformation qui se fait dans les pays producteurs soit le fait des nationaux aussi et des producteurs.

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